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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

éphémères et dont les titres sont souvent singuliers: il faut renvoyer aux travaux bibliographiques de
M.Maurice Tourneux. Toutes les opinions, toutes les nuances d'opinions, sont représentées.

«Aujourd'hui, dit un contemporain, les journalistes exercent le ministère public: ils dénoncent, décrètent,

règlent à l'extraordinaire, absolvent et condamnent. Tous les jours ils montent à la tribune, et il est parmi

eux des poitrines de Stentors. Les places pour entendre l'orateur ne coûtent que deux sols. Les journaux

pleuvent tous les matins comme la manne du ciel, et cinquante feuilles viennent chaque jour éclairer

l'horizon.» C'est un prodigieux mouvement d'idées. La presse a fait état de sa liberté, même avant la

séance du 26août 1789 où l'Assemblée nationale la décrète. Cependant, comme les limites de cette liberté

ne sont pas encore déterminées, c'est la municipalité de Paris qui agit a contre les imprimés calomnieux

propres à produire une fermentation dangereuse». Le 28septembre, Marat est dénoncé au procureur du

roi, et ses presses sont saisies. Dans cette période, la question des abus commis par la voie de la presse

revient souvent, est résolue, à peu de jours de distance, dans des sens opposés. On révoque les mesures

de rigueur, on en rétablit d'autres, qui ne sont pas exécutées. Cependant, en 1790, Camille Desmoulins et

Fréron sont poursuivis et déférés au Châtelet. La constitution de 1791 établit les cas où les poursuites

peuvent être exercées: les circonstances donnent aux lois peu d'action.

Après le 10août, la plupart des journaux royalistes disparaissaient, à la fois par les mesures prises par le
Conseil général de la Commune et en raison du mouvement irrésistible de l'opinion. Cependant, quelques

feuilles à tendances monarchiques se substituent à celles qui ont été supprimées ou ont abandonné le

combat: le Bulletin de Paris ou Feuille du Matin, l'Avertisseur, le Journal Français, de Nicolle de

Ladevèze. Mais la lutte n'est plus, bientôt, qu'entre journaux de la Gironde et journaux de la Montagne.

Au Patriote, que dirige Brissot, au Courrier de Gorsas, à la Sentinelle, de Louvet, RU Thermomètre du

jour, de Dulaure, aux Annales, de Carra, s'opposent les journaux de Camille Desmoulins, de Marat, de

Fréron, d'Hébert.

Puis, après la chute de la Gironde, - qui, elle même, avait forgé les armes par lesquelles elle devait périr,
et, notamment, suscité le décret du 29mars 1793, punissant de mort les écrits «provoquant à la

dissolution de la Convention Nationale», - c'est entre les vainqueurs de la veille que reprend la guerre.

Elle se fait avec des moyens terribles, qu'enregistre le Bulletin du Tribunal criminel révolutionnaire.. Les

«enragés» et les «indulgents» succomberont tour à tour: après Hébert et son Père Duchesne, Camille

Desmoulins et son courageux Vieux Cordelier. Le Comité de salut public a sa presse officieuse, la

Feuille du Salut public, que rédige Rousselin (c'est lui qui s'est acharné contre les comédiens-français

après l'affaire de Paméla), le Journal universel, d'Audouin, le Journal des Hommes libres, de Vatar,

l'Anti-Fédéraliste. Le Moniteur reçoit une souscription, avec cette restriction «que l'abonnement cessera

aussitôt que le Moniteur cesserait d'être composé dans le sens de la révolution républicaine». Il y a, en

l'anII, le Courrier de l'Egalité, le Républicain universel, la Montagne, etc., puis ce sont les journaux

destinés aux armées, la Soirée du camp, à la rédaction de laquelle veille Carnot, le Bulletin général des

armées et de la Convention, le Postillon des armées, etc. Mais, encore une fois, il ne peut s'agir ici d'une

énumération qui dépasserait le cadre de cette rapide étude d'ensemble sur un sujet qui prêterait à tant de

développements.

Du moins peut-on évoquer, si sommairement que ce soit, quelques figures caractéristiques, dans les
divers camps, à côté de celles dont le rôle historique est le plus connu. C'est, dans la première période de

la Révolution, l'enthousiaste et généreux Elisée Loustalot, dont il sera question plus loin; c'est le

pittoresque «Cousin Jacques» (Abel Beffroy de Reigny), qui salue avec des transports de belle humeur

l'aurore de la Révolution dans les Lunes, «journal comme on n'en a jamais fait», où il se pique de donner

des leçons de gaieté. Les Lunes se transforment en Courrier des Planètes, où le «Cousin Jacques»

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