bibliotheq.net - littérature française
 

Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

habituelle de ses jugements. N'eût-elle donné que les «Salons» de Diderot, qu'elle mériterait l'estime dans
laquelle elle est tenue. Avec son enthousiasme coutumier, Diderot attribuait à ses conversations avec

Grimm sa compétence en fait d'art: «Si j'ai quelques notions réfléchies de la peinture et de la sculpture,

écrivait-il un jour à Grimm, c'est à vous que je le dois.» Quel journal, au sens moderne du mot, eût fait

l'auteur de la Correspondance littéraire, avec son don de bien mettre les hommes à leur place et de

deviner les talents! Attaché au duc d'Orléans, introduit dans le monde diplomatique, lié avec les

encyclopédistes, habitué des salons de MmeGeoffrin et du baron d'Holbach, il était à la source de tout ce

qui était sujet de préoccupations intellectuelles. On disait de lui, en faisant allusion à un léger défaut de

constructions de son visage: «Il a le nez tourné, mais toujours du bon côté.»

A côté de ces correspondances (parmi lesquelles on pourrait encore citer celle de La Harpe), il y avait
aussi, se rattachant à l'histoire de la presse naissante, les correspondances qui étaient des manières de

revues, comme l'Espion anglais, ne s'attachant qu'à un seul objet d'actualité, traité avec abondance, tantôt

pamphlets, tantôt commentaires sur un événement. Et dans toutes ces publications qui s'imprimaient

généralement en Hollande, ne pouvant prétendre qu'à une curiosité éphémère, c'était déjà le ton du

journal et sa vivacité. Le journal était tout armé et n'avait plus à s'improviser au moment où la liberté

allait lui donner son essor.

En dépit de périodes de vicissitudes, il allait jouer un rôle de plus en plus important, en représentant une
force avec laquelle, en fin de compte, tout doit se mesurer: l'Opinion.

Il devait, dans les heures graves où le salut du pays était en jeu, être, lui aussi, un combattant, - se
contraignît-il à accepter une discipline qui pesait à son fougueux tempérament, - et, propageant le

sentiment du droit, soutenant et stimulant les énergies, exaltant les héroïsmes, flétrissant les crimes et les

manoeuvres de l'ennemi, apportant des ressources de clairvoyance et de lucidité dans l'oeuvre de la

défense, s'attester, plus que jamais, comme un indispensable élément de la vie nationale.

*****

LA RÉVOLUTION

Avec la Révolution, le journal, qui n'a été jusque-là qu'aux ordres du Pouvoir, devient lui-même une
puissance. 1788, dans l'effervescence des esprits, est l'année de la brochure, du pamphlet, du mémoire

véhément; 1789 est l'année du journal, conquérant sa liberté, même avant le 14juillet. Dès le mois de

juin, ce sont le Journal des Etats généraux, de Mirabeau; le Courrier de Versailles à Paris, de Gorsas; le

Point du jour, de Barère; le Patriote français, de Brissot. Puis voici, paraissant presque en même temps, le

Journal politique national, auquel collabore Rivarol; le Bulletin de l'Assemblée nationale, de Maret, - le

futur duc de Bassano; - les Annales patriotiques, de Mercier et Carra; les Révolutions de Paris, de

Prudhomme et Loustalot; l'Orateur du Peuple, de Fréron, la Gazette nationale, fondée par l'éclectique

Panckoucke; le Journal des Débats et Décrets, dont l'idée appartient à Gaultier du Biauzat (le prix de

l'abonnement est de 10livres pour deux mois pour tout le royaume); le Journal de la Société de 1789,

dont André Chénier est l'un des rédacteurs; la Chronique de Paris, où Condorcet exprime ses idées; les

Révolutions de France et de Brabant, de Camille Desmoulins; le Publiciste parisien, de Marat, qui, à

partir du sixième numéro, deviendra l'Ami du Peuple, pour prendre ensuite d'autres titres, etc. Le Journal

général de la cour et de la ville, plus connu sous le titre de Petit Gaultier, les spirituels Actes des Apôtres

(c'est des apôtres de la Révolution qu'il s'agit), la Gazette de Paris, de Rozoy, puis l'Ami du Roi, de l'abbé

Royou, etc., représentent les luttes des royalistes contre les idées qui acquièrent chaque jour plus de

hardiesse et plus de force. On ne saurait dénombrer ici ces publications périodiques, dont beaucoup sont

< page précédente | 17 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.