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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

cultivé, ayant fait ses preuves d'écrivain, de bon connaisseur et de spirituel observateur. Tout ce qui se
passait était de son domaine. En traits légers et mordants, il donnait la formule de la chronique rapide.

Nouvelles de la cour, de la ville, du théâtre, des lettres, aventures galantes, tout lui était bon, et il tenait la

promesse qu'il avait faite de donner a quelques agréments, à ses informations, en y joignant souvent les

couplets qui couraient Paris ou les parodies dont le temps était si friand. Bachaumont, qui, s'il n'en avait

pas été l'initiateur, avait singulièrement perfectionné le genre, mourut en 1771, et vraiment la plume à la

main. Son dernier «écho» était relatif au scandale de la naissance d'un enfant de la duchesse de Durfort,

séparée de son mari, scandale pour lequel le chroniqueur était d'ailleurs assez indulgent, ne retenant que

la chanson faite à cette occasion.

Les Mémoires secrets furent continués par Pidansat de Mairobert, qui donna un tragique aliment à la
chronique par un suicide accompli dans des conditions de singulière détermination, et par Moufle

d'Angerville, qui devait continuer la tradition des gazetiers envoyés à la Bastille.

C'est, en même temps, la Correspondance secrète, connue sous le nom de Correspondance secrète de
Metra, bien que Metra y ait été probablement étranger. C´était l'homme le mieux informé de Paris. «Que

dit le bonhomme Metra?», demandait parfois Louis XVI. Il était, quant à lui, nouvelliste par

dilettantisme, mais des gens avisés ne laissaient pas que de recueillir ses nouvelles et d'en tirer profit.

Celui de tous qui fait la figure la plus importante, c'est Grimm. Ses abonnés à lui étaient gens de
conséquence: la plupart étaient des souverains (1).

[(1) Grimm se chargea de la Correspondance littéraire en 1753 et la continua jusqu'en 1790. Eu dehors
des souverains, aux libéralités desquels il s'en remettait, expert à les provoquer, il avait pour abonnés des

particuliers, lui versant trois cents livres par an. C'est par eux que la correspondance se répandait dans

Paris.

Sainte-Beuve fait grand cas de Grimm, appréciant particulièrement chez lui le mérite d'exprimer des
jugements qui lui appartiennent en propre, précédant les autres. Il conte qu'il avait quelques préventions

contre lui, d'abord, et qu'en en cherchant la cause, il trouva qu'elle reposait uniquement sur le témoignage

de J.-J.Rousseau dans ses Confessions. Or, ce témoignage est souvent suspect. «Jean-Jacques, toutes les

fois que son amour-propre et ses airs de vanité malade sont en jeu, ne se gêne en rien pour mentir.» -

Mmed'Epinay, avec quelque partialité, assurément, a tracé de Grimm ce portrait: «Sa figure est agréable

par un mélange de naïveté et de finesse, sa physionomie est intéressante, sa contenance négligée et

nonchalante; son âme est ferme, tendre, généreuse et élevée; elle a précisément la dose de fierté qui fait

qu'on se respecte sans humilier personne. En parlant mal, personne ne se fait mieux écouter; il me semble

qu'en matière de goût, nul n'a le tact plus délicat, plus fin ni plus sûr. Il a un tour de plaisanterie qui lui

est propre et ne sied qu'à lui. Il a l'art de présenter à ses amis les plus dures vérités avec autant de

ménagements que de force. Personne n'est plus éclairé sur les intérêts des autres ni ne consulte mieux.»]

On sait quel habile homme était ce natif de Ratisbonne, devenu très Parisien, et dont Voltaire disait: «De
quoi s'avise ce Bohémien d'avoir plus d'esprit que nous?» Le cadre de cette introduction ne permet pas de

parler de son rôle dans la société du XVIIIesiècle. Il ne s'agit ici que du journaliste. Il l'était

essentiellement; il était né surtout rédacteur en chef, ayant le flair des collaborateurs utiles, et il eut, en

effet, nombre de collaborateurs, dont Mmed'Epinay, engagée avec lui dans une liaison célèbre, Diderot,

toujours bouillant d'idées, toujours prêt à témoigner son amitié, à qui il demanda ses fameux «Salons»,

son secrétaire Meister. La Correspondance littéraire, qu'on imprima en 1812, cinq ans après la mort de

Grimm, est devenue un des documents les plus précieux de l'histoire du XVIIIesiècle, par l'indépendance

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