bibliotheq.net - littérature française
 

Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

[(1) A la date du 4 de juin1717, on lit dans les nouvelles à la main de Buvat: «On va envoyer à
Pierre-Encise le jeune avocat, dont on a saisi les papiers qui contiennent des choses effroyables sur les

choses les plus saintes et les personnes les plus respectables. Il y sera sans encre et papier, et pour le reste

de ses jours. On a agité si on le chasserait du royaume, mais on a dit que, de là, il écrirait contre tout le

genre humain, et que c'était une peste, qu'il fallait le séquestrer de la société civile. » On sait que Voltaire

ne subit pas de telles rigueurs, et qu'il se tira du mauvais pas avec onze mois d'emprisonnement à la

Bastille. On lui laissa si bien «encre et papier »que c'est pendant ce séjour à la Bastille qu'il écrivit. sa

tragédie d'OEdipe. ]

MM.Ravaisson, de Lescure, de Barthélemy, Campardon, se sont particulièrement occupés de ces écrits
des nouvellistes. On peut citer, parmi ces fondateurs du «reportage», gens bien informés, mais plus ou

moins tarés, Charles de Julie spécialiste des nouvelles mondaines et du théâtre Nicolas Tollot, le

chevalier de Mouby, qui eut quelque temps Voltaire pour abonné, - abonné mécontent, il est vrai.

Chevrier, lançant, en 1752, la feuille manuscrite qu'il intitule le Courrier de Paris (1), devient bientôt un

enragé pamphlétaire, qui se doit réfugier, pour distiller son venin, à Bruxelles et en Hollande.

[(1) Le Courrier de Paris, traqué par la police, avait imaginé pour la dépister, de commencer la feuille sur
le ton d'une lettre adressée à un particulier, selon la qualité et les occupations de l'abonné.]

Mais voici les grands nouvellistes. C'est Bachaumont, «le père des échos de Paris», l'ami de
MmeDoublet, cette curieuse physionomie, cette femme avisée, dont l'âge ne parvint pas à éteindre la

curiosité, dont le nom est associé à l'histoire du journalisme, - avant que le journal eût droit de vie. «Son

salon, ont dit les Goncourt, était le rendez- vous des échos, le cabinet noir où l'on décachetait les

nouvelles. Pêle-mêle y tombait le XVIIIesiècle, heure par heure. un je ne sais quoi sans ordre, une

moisson à peine brassée de paroles et de choses. salon envié, confessionnal du XVIIIesiècle, où tant

d'esprit s'est confessé.» Ce salon, on le surnommait la «Paroisse», et ses hôtes, les «paroissiens»,

formaient une manière de très vivante académie. En 1740, Bachaumont, par dilettantisme plus que par

intérêt, car ce «philosophe épicurien» était fort à son aise, se plut à réunir, à filtrer, à commenter ces

nouvelles qui, de tous les côtés, aboutissaient chez MmeDoublet. (2)

[(2) Voici comment il annonçait ses nouvelles à la main: ce prospectus est un document de l'histoire de la
Presse: «Un écrivain connu entreprend de donner, deux fois chaque semaine, une feuille de nouvelles

manuscrites. Ce ne sera point un recueil de petits faits secs et peu intéressants, comme les feuilles qui se

débitent depuis quelques années. Avec les événements publics que fournit ce qu'on appelle le cours des

affaires, on se propose de rapporter toutes las aventures journalières de Paris et des capitales de l'Europe,

et d'y joindre quelques réflexions sans malignité, néanmoins sans partialité, dans le seul dessein

d'instruire et de plaire, par un récit où la vérité paraîtra toujours avec quelques agrément. Un recueil suivi

de ces feuilles formera proprement l'histoire de notre temps. Il sera de l'intérêt de ceux qui les prendront

de n'en laisser tirer de copie à personne et d'en ménager même le secret, autant pour ne pas les avilir, en

les rendant trop communes, que pour ne pas se faire de querelles avec les arbitres de la librairie. A

chaque ordinaire, on portera à ceux qui voudront prendre.» Les Nouvelles a la main devinrent en 1762

les Mémoires secrets. Les Mémoires secrets contenaient une mine si riche d'informations sur le

XVIIIesiècle qu'ils furent recueillis et imprimés dès 1788 par Chopin de Versey. Ils ont eu, depuis,

comme éditeurs successifs, Merle, Ravenel, Paul Lacroix, etc.]

Avec lui, le nouvelliste prenait une tout autre envergure. Bachaumont, pour malicieux qu'il fût, était un
galant homme, estimé, exerçant, au moins théoriquement, une charge, n'ayant pas de besoins d'argent,

< page précédente | 15 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.