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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
** Pas chic:
THÉÂTRE-FRANCAIS ODÉON OPÉRA-COMIQUE GAITÉ VAUDEVILLE GYMNASE PORTE SAINT-MARTIN (Tous chics les jours de première représentation) **
AMBIGU:
Jamais chic.
Ce tableau indique que les théâtres de la colonne supérieure ont des clientèles, des spectateurs qui s'y donnent rendez-vous et s'y retrouvent en toilette du soir, tandis que les théâtres de la colonne inférieure ne peuvent compter sur ces mêmes spectateurs que pour les premières représentations.
Cela n'est qu'une variété de la chalandise et n'établit aucune supériorité des uns sur les autres, les gens chic n'ayant ni plus de goût ni plus d'argent que ceux qui ne le sont pas.
Le sport comporte le chic dans ses variétés.
La chasse, l'équitation, le patin, sont chic; la pêche, la natation, le canotage, ne sont pas chic.
Les steeple-chases sont, malgré des efforts intéressants, moins chic qu'ils ne l'étaient au temps des steeple-chases de la Croix-de-Berny.
Comme nous le disions pour les théâtres, l'absence de chic n'est une mauvaise note ni pour les personnes ni pour les choses, mais ce qui est délicieux à observer, c'est le chic raté, le faux chic. Ainsi sont faux chic:
Conduire un dog-cart dans une promenade élégante. Aller aux courses dans un stage traîné par des chevaux à fausse queue et à grelots. En revenir avec sa carte de tribune fixée au chapeau ou à la boutonnière de son paletot. Se mettre à plusieurs pour faire courir un seul cheval et jouer à l'éleveur en prenant une part dans la propriété d'un carcan, en un mot, être quart de cheval, comme on est quart d'agent de change.
Quand, après d'inutiles tentatives, un chercheur de chic voit qu'il n'arrive pas, il se décide quelquefois à tailler une banque de baccarat. De deux choses l'une: ou il gagne, et c'est autant de pris; ou il perd une cinquantaine de mille francs.
Le lendemain, les pontes vont répétant partout: «Un tel s'est flanqué une culotte.»
Et le voilà proclamé, reçu chic.
Arriver tard dans une maison où l'on est invité à dîner est très chic, et cela n'est en réalité qu'insolent.
Avoir pour maîtresses, non plus des grisettes décrassées, mais des Hongroises, des Polonaises, des Valaques, c'est se couronner de chic.
Ce qui n'est jamais chic, c'est d'être amoureux.
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ÉTIENNE ARAGO
(1802-1892)
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