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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
(1809-1866)
De Beauvoir Bel à voir Nous amuse...
disait plaisamment Alfred de Musset. Roger de Beauvoir eut une période où il connut tous les succès, succès mondains et succès d'esprit. Avec sa belle chevelure noire et frisée, son habit bleu à boutons d'or, son gilet de poil de chèvre jaune, son pantalon gris perle, sa canne en corne de rhinocéros, il était l'un des «viveurs» les plus en vue du boulevard, l'un des habitués du café de Paris et de la Loge infernale. En littérature, il avait commencé par être éperdument romantique. L'idée première de la Tour de Nesle se trouve dans un de ses premiers romans, l'Écolier de Cluny. Ceux qui l'ont connu l'ont dépeint «pétillant, débordant, se répandant comme une mousse de champagne». Il chroniqua au Figaro, à la Mode, à la Presse. C'était un improvisateur, aux épigrammes qui eussent été redoutables, parfois, sans la gaieté atténuant la vivacité de ces plaisanteries. Il lui arriva de se plaisanter lui-même, quand ses dissentiments conjugaux, avec tous leurs incidents, firent quelque bruit. Bien que l'âge et les infirmités eussent fort alourdi physiquement l'auteur des Soupeurs de mon temps, et quoiqu'il fût à peu près ruiné, il avait gardé presque toute sa belle humeur. S'étant brisé la jambe pendant les répétitions d'une de ses pièces, il disait que cet accident lui donnerait le temps de travailler à des couplets «de fracture». M.Jacques Boulenger a consacré à Roger de Beauvoir un chapitre de ses Dandys. Il faut avouer que le temps a fort pâli les couleurs de ses chroniques, qu'on appelait alors des «feuilletons» Mais, par la place qu'il tint dans la vie parisienne, au temps de Louis- Philippe, il devait figurer dans ce recueil.
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LE TOURISTE
En dépit du voyage à jamais mémorable de Gulliver chez le peuple intéressant de Lilliput et des relations plus ou moins véridiques écrites depuis le capitaine Cook jusqu'au capitaine Marryat, l'imagination timide des géographes ne rêve plus les lointaines découvertes. Ils se sont contentés de tracer le cercle figuratif de l'univers, et, contemplant le globe de la hauteur de leur compas, ils ne cherchent plus à en reculer les limites.
Il résulte de ceci que, à défaut d'îles vierges et de baies inconnues à explorer, nous visitons les contrées dont la topographie exacte se trouve enseignée dans tous les itinéraires. Ce parti est le plus commode et le plus sage. Notre siècle n'invente plus, il s'abstient de nous montrer de nouveaux mondes et de nouvelles mers, mais, il faut le dire à sa louange, c'est un siècle emporté sur la roue de la vapeur, un siècle alerte et curieux de déplacement au dernier point. Il visite chaque recoin du monde comme un agent de police visite un tiroir. S'il n'est pas encore prouvé que la littérature contemporaine et le théâtre d'aujourd'hui demeurent comme monuments, personne, au moins ne pourra nier que la migration soit en progrès. On voyage, ou plutôt on arrive au fond de la Suède en vingt jours; un capitaliste ruiné s'occupe, en ce moment, d'élever des télégraphes dans le désert. On ne parle encore que des télégraphes, mais un mois après le désert voudra le gaz.
Cette fièvre des voyages n'agite pas encore à la fois tous les individus d'une même nation: en regard des touristes effrénés, il y a des gens qui ne bougent pas plus de leur fauteuil que les sénateurs qui se laissèrent égorger dans leur chaise d'ivoire. Les touristes (on peut l'avancer) composent véritablement une classe distincte, une famille à part du sein de la grande famille.
Le touriste, c'est le mouvement perpétuel si longtemps rêvé par les poursuiveurs d'énigmes, c'est le juif
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