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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
continuité, une source précieuse d'informations.
Le XVIIIesiècle vit encore naître le Journal de Trévoux réservé à des travaux scientifiques, et dans cet ordre des Revues, comme nous dirions aujourd'hui, le Spectateur français de Marivaux, riche de fines observations, le Pour et le Contre, où l'abbé Prévost avait appliqué son idée d'un écrit périodique comme ceux qui existaient à Londres. Ce titre signifiait que le journaliste s'expliquerait sans prendre parti sur rien. Cette feuille dura de1733 à1740. Elle est faite de compilations et de traductions. On est là fort loin de Manon Lescaut! Ce sont parfois d'assez invraisemblables «faits divers», comme l'histoire du trésor d'un navire ayant fait naufrage, trésor qui fut retrouvé d'une façon bien singulière. On avait découvert et sauvé toute la cargaison du navire, sauf la caisse qui contenait de l'or et des diamants. Or, un jour, des pêcheurs de Colchester aperçurent, échoué sur le rivage, un monstrueux poisson. On s'avisa, tandis que l'agitaient de derniers soubresauts, qu'un lien le retenait à un objet lointain ballotté par les flots. On l'acheva et on l'ouvrit, et on reconnut qu'il avait avalé le crochet, «qui avait pénétré jusqu'au fond de ses entrailles», fixé à une corde. On tira sur la corde, et on amena ainsi fort miraculeusement la précieuse caisse. «On croit que le capitaine avait accroché la caisse à sa ceinture, en se jetant à la mer, et que, ayant été dévoré par le poisson, cet animal goulu s'était enferré de lui-même, en avalant jusqu'au crochet.»
Les réflexions sont assez rares. Il en est pourtant ça et là qui ne laissent pas que d'être curieuses:
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Il est fort ordinaire d'entendre souhaiter que les bons naturels puissent se rencontrer et s'unir, surtout dans l'état de mariage; mais ce souhait est contraire au bien de la société. Il arriverait de là, par une conséquence nécessaire, que les mauvais caractères s'uniraient ainsi et quels désordres ne verrait-on pas naître d'une oeuvre si pernicieuse? Au lieu que le mélange, tel que la Providence le permet dans toutes les conditions de la vie, sert également aux uns et aux autres, à ceux-ci par les exemples du bien qu'ils devraient suivre, à ceux-là par la vue du mal qu'ils doivent éviter!
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Puis ce sont l'Avant. Coureur (1760-1766) et l'Année Littéraire de Fréron, de Fréron si durement «exécuté» par Voltaire, en pleine Comédie française, dans son Écossaise, avec une telle sévérité que le malheureux journaliste porte encore devant la postérité la marque des coups reçus ce soir-là et est demeuré un peu trop calomnié, bien que sa mémoire ne soit pas des plus nettes. (1).
[(1) La Préface que donnait Fréron à son Année littéraire commençait ainsi: «La critique m'apparut dernièrement en songe, environnée d'une foule de poètes, d'orateurs, d'historiens et de romanciers. J'aperçus dans une de ses mains un faisceau de dards, dans l'autre quelques branches de lauriers. Son aspect, loin d'inspirer la crainte, inspirait la confiance aux plus ignorés amants des savantes Soeurs. Ils osaient l'envisager d'un oeil fixe et semblaient défier son courroux. La déesse indignée faisait pleuvoir sur eux une grêle de traits. Quelques écrivains dont la modestie rehaussait les talents obtenaient des couronnes; plusieurs recevaient à la fois des récompenses et des châtiments. Cette vision m'a fourni l'idée de ces lettres où l'éloge et la censure seront également dispensés.»]
Il faut arriver à l'année 1777 pour rencontrer le premier journal quotidien, le , Journal de Paris, fondé sur le modèle des gazettes anglaises. Il est piquant de voir, aujourd'hui, avec quel scepticisme fut accueillie la nouvelle de son apparition. On doutait qu'il pût voir le jour, et le projet paraissait extravagant.
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