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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Donneau de Visé: ce bohème, à qui Louis XIV voulait du bien, en raison d'une illustre bâtardise, tout en disant en riant qu'il n'était pas assez riche pour préserver de la misère un homme aussi expert à faire foudre l'argent entre ses doigts, ce fantaisiste qui épousa un jour sa blanchisseuse, ne pouvant acquitter la note de quelques écus qu'elle lui présentait, ne prépara pas l'évolution. Elle se fit avec ses successeurs, Lefèvre, l'abbé Bariche, de la Roque, Leclerc de La Bruère, Boissy, Marmontel. Le brevet du Mercure rapportait vingt-cinq mille livres à La Bruère; après lui, le Mercure dut, sur les bénéfices d'une entreprise prospère, servir des pensions à des gens de lettres désignés par la Cour ou à des favorisés. Ainsi, en 1754, ces pensions étaient accordées à Cahuzac (2.000 livres), à l'abbé Raynal (2.000 livres), à Piron (1.200 livres), à Marmontel (1.200 livres), à M.de Senoncourt, ci-devant consul au Caire (2.000 livres), au chevalier de la Nigérie, frère de Leclerc de La Bruère (1.200 livres), à Médard de la Garde (1.200 livres)´ Ces pensions, plus tard, montèrent jusqu'à 30.000 livres.
Marmontel accrut le succès du Mercure, auquel, sous la direction de Boissy, il avait donné ses Contes Moraux, puis, par la protection de Mmede Pompadour, il en obtint le brevet, en avril1758, et rédigea une sorte de profession de foi de journaliste.
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UN PROGRAMME
La forme du Mercure le rend susceptible de tous les genres d'agrément et d'utilité, et les talents n'ont ni fleurs ni fruit dont il ne se couronne. Il extrait, il recueille, il annonce, il embrasse toutes les productions du génie et du goût; il est comme le rendez-vous des sciences et des arts, et le canal de leur commerce. C'est un champ qui peut devenir de plus en plus fertile, et par les soins de la culture et par les richesses qu'on y répandra. Il peut être considéré comme extrait ou comme recueil. Comme extrait, c'est moi qu'il regarde; comme recueil, son succès dépend des secours que je recevrai. Dans la partie critique, l'homme estimable à qui je succède, sans oser prétendre à le remplacer, me laisse un exemple d'exactitude et de sagesse, de candeur et d'honnêteté, que je me fais une loi de suivre. Je me propose de parler aux gens de lettres le langage de la vérité, de la décence et de l'estime, et mon attention à relever les beautés de leurs ouvrages justifiera la liberté avec laquelle j'en observerai les défauts. Je sais mieux que personne, et je ne rougis pas de l'avouer, combien un jeune auteur est à plaindre, lorsque, abandonné à l'insulte, il a assez de pudeur pour s'interdire une défense personnelle. Cet auteur, quel qu'il soit, trouvera en moi, non pas un vengeur passionné, mais, selon mes lumières un appréciateur équitable. Une ironie, une parodie, une raillerie ne prouvent rien et n'éclairent personne; ces traits amusent quelquefois; ils sont même plus intéressants pour le bas peuple des lecteurs qu'une critique correcte et sensée: le ton modéré de la raison n'a rien de consolant pour l'envie, rien de flatteur pour la malignité; mais mon, dessein n'est pas de prostituer ma plume aux envieux et aux méchants. A l'égard de la partie collective de cet ouvrage, quoique je me propose d'y contribuer autant qu'il est en moi, ne fût-ce que pour remplir les vides, je ne compte pour rien ce que je suis: tout mon espoir est dans la bienveillance et le secours des gens de lettres, et j'ose croire qu'il est fondé. Si quelques-uns des plus estimables n'ont pas dédaigné de confier au _Mercure les amusements de leur loisir, souvent même les fruits d'une étude sérieuse, dans le temps que le succès de ce journal n'était qu'à l'avantage d'un seul homme, quel secours ne dois-je pas attendre du concours des talents intéressés à le soutenir? Le Mercure_ n'est plus un fonds particulier: c'est un domaine public, dont je ne suis que le cultivateur et l'économe.
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Le Mercure_, au XVIIIesiècle, ne reflète pas tout son temps. Sa collection n'en reste pas moins, par sa
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