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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Du trop lent perruquier réveiller la valeur. Partons, lui dit Brontin : déjà le jour plus sombre, Dans les eaux s'éteignant, va faire place à l'ombre. D'où vient ce noir chagrin que je lis dans tes yeux ? Quoi ? le pardon sonnant te retrouve en ces lieux ! Où donc est ce grand coeur dont tantôt l'allégresse Semblait du jour trop long accuser la paresse ? Marche, et suis nous du moins où l'honneur nous attend.
Le perruquier honteux rougit en l'écoutant. Aussitôt de longs clous il prend une poignée : Sur son épaule il charge une lourde cognée ; Et derrière son dos, qui tremble sous le poids, Il attache une scie en forme de carquois : Il sort au même instant, il se met à leur tête. A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête : Leur coeur semble allumé d'un zèle tout nouveau ; Brontin tient un maillet ; et Boirude un marteau. La lune, qui du ciel voit leur démarche altière, Retire en leur faveur sa paisible lumière. La Discorde en sourit, et, les suivant des yeux, De joie, en les voyant, pousse un cri dans les cieux. L'air, qui gémit du cri de l'horrible déesse, Va jusque dans Citeaux réveiller la Mollesse. C'est là qu'en un dortoir elle fait son séjour : Les Plaisirs nonchalants folâtrent à l'entour ; L'un pétrit dans un coin l'embonpoint des chanoines ; L'autre broie en riant le vermillon des moines : La Volupté la sert avec des yeux dévots, Et toujours le Sommeil lui verse des pavots. Ce soir, plus que jamais, en vain il les redouble. La Mollesse à ce bruit se réveille, se trouble : Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper, D'un funeste récit vient encor la frapper ; Lui conte du prélat l'entreprise nouvelle : Aux pieds des murs sacrés d'une sainte chapelle, Elle a vu trois guerriers, ennemis de la paix, Marcher à la faveur de ses voiles épais. La Discorde en ces lieux menace de s'accroître : Demain avec l'aurore un lutrin va paraître, Qui doit y soulever un peuple de mutins : Ainsi le ciel l'écrit au livre des destins.
A ce triste discours, qu'un long soupir achève, La Mollesse, en pleurant, sur un bras se relève, Ouvre un oeil languissant, et, d'un faible voix,
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