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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin

Et jusques au souper se couche et s'assoupit.

CHANT SECOND

Cependant cet oiseau qui prône les merveilles,
Ce monstre composé de bouches et d'oreilles,

Qui, sans cesse volant de climats en climats,

Dit partout ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas ;

La Renommée enfin, cette prompte courrière,

Va d'un mortel effroi glacer la perruquière ;

Lui dit que son époux, d'un faux zèle conduit,

Pour placer un lutrin doit veiller cette nuit.

A ce triste récit, tremblante, désolée,
Elle accourt, l'oeil en feu, la tête échevelée,

Et trop sûre d'un mal qu'on pense lui celer :

Oses-tu bien encor, traître, dissimuler ?
Dit-elle : et ni la foi que ta main m'a donnée,

Ni nos embrassements qu'a suivis l'hyménée,

Ni ton épouse enfin toute prête à périr,

Ne sauraient donc t'ôter cette ardeur de courir ?

Perfide ! si du moins, à ton devoir fidèle,

Tu veillais pour orner quelque tête nouvelle !

L'espoir d'un juste gain consolant ma langueur

Pourrait de ton absence adoucir la longueur.

Mais quel zèle indiscret, quelle aveugle entreprise

Arme aujourd'hui ton bras en faveur d'une église ?

Où vas-tu cher époux, est-ce que tu me fuis ?

As-tu oublié tant de si douces nuits ?

Quoi ! d'un oeil sans pitié vois-tu couler mes larmes ?

Au nom de nos baisers jadis si plein de charmes,

Si mon coeur, de tout temps facile à tes désirs,

N'a jamais d'un moment différé tes plaisirs ;

Si pour te prodiguer mes plus tendres caresses,

Je n'ai point exigé ni serments, ni promesses ;

Si toi seul à mon lit enfin eus toujours part ;

Diffère au moins d'un jour ce funeste départ .

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