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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Sent renaître la joie en son âme calmée. Elle court chez Ariste ; Et s'offrant à ses yeux :
Que me sert, lui dit-elle, Ariste qu'en tous lieux Tu signales pour moi ton zèle et ton courage, Si la Discorde impie à ma porte m'outrage ? Dans ces murs, autrefois si saints, si renommés, A mes sacrés autels font un profane insulte, Remplissent tout d'effroi, de trouble et de tumulte. De leur crime à leurs yeux va-t-en peindre l'horreur : Sauve-moi, sauve-les de leur propre fureur.
Elle sort à ces mots. Le héros en prière Demeure tout couvert de feux et de lumière. De la céleste fille il reconnaît l'éclat, Et mande au même instant le chantre et le prélat.
Muse, c'est à ce coup que mon esprit timide Dans sa course élevée a besoin qu'on le guide. Pour chanter par quels soins, par quels nobles travaux Un mortel sut fléchir ces superbes rivaux.
Mais plutôt, toi qui fis ce merveilleux ouvrage, Ariste, c'est à toi d'en instruire nôtre âge. Seul tu peux révéler par quel art tout puissant Tu rendis tout-à-coup le chantre obéissant. Tu sais par quel conseil rassemblant le chapitre Lui-même, de sa main, reporta le pupitre ; Et comment le prélat, de ses respects content, Le fit du banc fatal enlever à l'instant. Parle donc : c'est à toi d'éclaircir ces merveilles. Il me suffit pour moi d'avoir su, par mes veilles Jusqu'au sixième chant pousser ma fiction, Et fait d'un vain pupitre un second Ilion. Finissons. Aussi bien, quelque ardeur qui m'inspire, Quand je songe au héros qui me reste à décrire, Qu'il faut parler de toi, mon esprit éperdu Demeure sans parole, interdit, confondu.
Ariste, c'est ainsi qu'en ce sénat illustre Où Thémis, par tes soins, reprend son premier lustre, Quand, la première fois, un athlète nouveau Vient combattre en champ clos aux joutes du barreau, Souvent sans y penser ton auguste présence Troublant par trop d'éclat sa timide éloquence, Le nouveau Cicéron, tremblant, décoloré,
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