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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Et son corps ramassé dans sa courte grosseur Fait gémir les coussins sous sa molle épaisseur.
La déesse en entrant, qui voit la nappe mise, Admire un si bel ordre, et reconnaît l'Eglise : Et, marchant à grand pas vers le lieu du repos, Au prélat sommeillant elle adresse ces mots :
Tu dors, Prélat, tu dors, et là haut à ta place Le chantre aux yeux du choeur étale son audace, Chante les orémus, fait des processions, Et répand à grands flots les bénédictions. Tu dors ! Attends-tu donc que, sans bulle et sans titre, Il te ravisse encore le rochet et la mitre ? Sort de ce lit oiseux qui te tient attaché, Et renonce au repos, ou bien à l'évêché.
Elle dit, et, du vent de sa bouche profane, Lui souffle avec ces mots l'ardeur de la chicane. Le prélat se réveille, et, plein d'émotion, Lui donne toutefois la bénédiction.
Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie ; Le superbe animal, agité de tourments, Exhale sa douleur en longs mugissements ; Tel le fougueux prélat, que ce songe épouvante, Querelle en se levant et laquais et servante ; Et, d'un juste courroux rallumant sa vigueur, Même avant le dîner, parle d'aller au choeur. Le prudent Gilotin, son aumônier fidèle, En vain par ses conseils sagement le rappelle ; Lui montre le péril ; que midi va sonner ; Qu'il va faire, s'il sort, refroidir le dîner.
Quelle fureur, dit-il, quel aveugle caprice, Quand le dîner est prêt, vous appelle à l'office ? De votre dignité soutenez mieux l'éclat : Est-ce pour travailler que vous êtes prélat ? A quoi bon ce dégoût et ce zèle inutile ? Est-il donc pour jeûner quatre-temps ou vigile ? reprenez vos esprits et souvenez-vous bien Qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien.
Ainsi dit Gilotin ; et ce ministre sage Sur table, au même instant, fit servir le potage.
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