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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Ont tant de fois séché les pleurs des misérables, Pourquoi toi-même, en proie à tes vives douleurs, Cherches-tu sans raison à grossir tes malheurs ? En vain de tes sujets l'ardeur est ralentie ; D'un ciment éternel ton Eglise est bâtie, Et jamais de l'enfer les noirs frémissements N'en sauraient ébranler les fermes fondements. Au milieu des combats, des troubles, des querelles, Ton nom encor chéri vit au sein des fidèles. Crois-moi, dans ce lieu même où l'on veut t'opprimer, Le trouble qui t'étonne est facile à calmer ; Et, pour y rappeler la paix tant désirée, Je vais t'ouvrir, ma soeur, une route assurée. Prête-moi donc l'oreille, et retiens tes soupirs.
Vers ce temple fameux, si chers à tes désirs Où le ciel fut pour toi si prodigue en miracles, Non loin de ce palais où je rends mes oracles, Est un vaste séjour des mortels révéré, Et de clients soumis à toute heure entouré, Là, sous le faix pompeux de ma pourpre honorable, Veille au soin de ma gloire un homme incomparable, Ariste, dont le Ciel et Louis ont fait choix Pour régler ma balance et dispenser mes lois. Par lui dans le barreau sur mon trône affermie Je vois hurler en vain la chicane ennemie ; Par lui la vérité ne craint plus l'imposteur, Et l'orphelin n'est plus dévoré du tuteur. Mais pourquoi vainement t'en retracer l'image ? Tu le connais assez : Ariste est ton ouvrage. C'est toi qui le formas dès ses plus jeunes ans : Son mérite sans tache est un de tes présents. Tes divines leçons, avec le lait sucées, Allumèrent l'ardeur de ses nobles pensées. Aussi son coeur, pour toi brûlant d'un si beau feu, N'en fit point dans le monde un lâche désaveu ; Et son zèle hardi, toujours prêt à paraître, N'alla point se cacher dans le sombres d'un cloître. Va le trouver, ma soeur a ton auguste nom, Tout s'ouvrira d'abord en sa sainte maison. Ton visage est connu de sa noble famille. Tout y garde tes lois, enfants, soeurs, femme, fille. Tes yeux d'un seul regard sauront le pénétrer ; Et, pour obtenir tout, tu n'as qu'à te montrer.
Là s'arrêta Thémis. La Piété charmée
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