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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Tandis que tout conspire à la guerre sacrée, La Piété sincère, aux Alpes retirée, Du fond de son désert entend les tristes cris, De ses sujets cachés dans les murs de Paris. Elle quitte à l'instant sa retraite divine La Foi, d'un pas certain, devant elle chemine ; L'Espérance au front gai l'appuie et la conduit ; Et, la bourse à la main, la Charité la suit. Vers Paris elle vole, et d'une audace sainte, Vient aux pieds de Thémis proférer cette plainte :
Vierge, effroi des méchants, appui de mes autels, Qui, la balance en main, règle tous les mortels, Ne viendrai-je jamais en tes bras salutaires Que pousser des soupirs et pleurer mes misères ! Ce n'est donc pas assez qu'au mépris de tes lois L'Hypocrisie ait pris et mon nom et ma voix ; Que, sous ce nom sacré, partout ses mains avares Cherchent à me ravir crosses, mitres, tiares ! Faudra-t-il voir encor cent monstres furieux Ravager mes états usurpés à tes yeux ! Dans les temps orageux de mon naissant empire, Au sortir de baptême on courait au martyre. Chacun, plein de mon nom, ne respirait que moi : Le fidèle, attentif aux règles de sa loi, Fuyant des vanités la dangereuse amorce, Aux honneurs appelé, n'y montait que par force : Ces coeurs, que les bourreaux ne faisaient point frémir, A l'offre d'une mitre étaient prêts à gémir ; Et, sans peur des travaux, sur mes traces divines Couraient chercher le ciel au travers des épines. Mais, depuis que l'Eglise eut, aux yeux des mortels, De son sang en tous lieux cimenté ses autels, Le calme dangereux succédant aux orages, Une lâche tiédeur s'empara des courages, De leur zèle brûlant l'ardeur se ralentit. Sous le joug des péchés leur foi s'appesantit : Le moine secoua la cilice et la haire, Le chanoine indolent apprit à ne rien faire ; Le prélat, par la brigue aux honneurs parvenu, Ne sut plus qu'abuser d'un humble revenu, Et pour toutes vertus fit, au dos d'un carrosse, A côté d'une mitre armorier sa crosse ;
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