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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Boirude fuit le coup : le volume effroyable Lui rase le visage, et, droit dans l'estomac, Va frapper en sifflant l'infortuné Sidrac. Le vieillard, accablé de l'horrible Artamène, Tombe aux pieds du prélat, sans pouls et sans haleine. Sa troupe le croit mort, et chacun empressé Se croit frappé du coup dont il le voit blessé. Aussitôt contre Evrard vingt champions s'élancent ; Pour soutenir leur choc les chanoine s'avancent. La Discorde triomphe, et du combat fatal Par un cri donne en l'air l'effroyable signal.
Chez le libraire absent tout entre, tout se mêle : Les livres sur Evrard fondent comme la grêle Qui, dans un grand jardin, à coups impétueux, Abat l'honneur naissant des rameaux fructueux. Chacun s'arme au hasard du livre qu'il rencontre : L'un tient l'Edit d'amour, l'autre en saisit la Montre ; L'un prend le seul Jonas qu'on ait vu relié ; L'autre un Tasse français, en naissant oublié. L'élève de Barbin, commis à la boutique, veut en vain s'opposer à leur fureur gothique : Les volumes, sans choix à la tête jetés, Sur le perron poudreux volent de tous côtés : Là, près d'un Guarini, Térence tombe à terre ; Là, Xénophon dans l'air heurte contre un la Serre, Oh ! que d'écrits obscurs, de livres ignorés, Furent en ce grand jour de la poudre tirés ! Vous en fûtes tirés, Almerinde et Simandre : Et toi, rebut du peuple, inconnu Caloandre, Dans ton repos, dit-on, saisi par Gaillerbois, Tu vis le jour alors pour la première fois. Chaque coup sur la chair laisse une meurtrissure : Déjà plus d'un guerrier se plaint d'une blessure. D'un le Vayer épais Giraut est renversé : Marineau, d'un Brébeuf à l'épaule blessé, En sent par tout le bras une douleur amère, Et maudit le Pharsale aux provinces si chère. D'un Pinchêne in-quarto Dodillon étourdi A longtemps le teint pâle et le coeur affadi. Au plus fort du combat le chapelain Garagne, Vers le sommet du front atteint d'un Charlemagne, (Des vers de ce poème effet prodigieux)! Tout prêt à s'endormir, bâille, et ferme les yeux. A plus d'un combattant la Clélie est fatale : Girou dix fois par elle éclate et se signale.
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