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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Et surtout évitez un dangereux accord.
Là bornant son discours, encor tout écumante, Elle souffle aux guerriers l'esprit qui la tourmente ; Et dans leurs coeurs brûlants de la soif de plaider Verse l'amour de nuire, et la peur de céder.
Pour tracer à loisir une longue requête, A retourner chez soi leur brigade s'apprête. Sous leurs pas diligents le chemin disparaît, Et le pilier, loin d'eux, déjà baisse et décroît.
Loin du bruit cependant les chanoines à table Immolent trente mets à leur faim indomptable. Leur appétit fougueux, par l'objet excité, Parcourt tous les recoins d'un monstrueux pâté ; Par le sel irritant la soif est allumée : Lorsque d'un pied léger la prompte Renommée, Semant partout l'effroi, vient au chantre éperdu Conter l'affreux détail de l'oracle rendu. Il se lève, enflammé de muscat et de bile, Et prétend à son tour consulter la Sibylle. Evrard a beau gémir du repas déserté, Lui-même est au barreau par le nombre emporté. Par les détours étroits d'une barrière oblique, Ils gagnent les degrés, et le perron antique Où sans cesse, étalant bons et méchants écrits, Barbin vend aux passants les auteurs à tout prix.
Là le chantre à grand bruit arrive et se fait place, Dans le fatal instant que, d'un égale audace, Le prélat et sa troupe , à pas tumultueux, Descendaient du palais l'escalier tortueux. L'un et l'autre rival, s'arrêtant au passage, Se mesure des yeux, s'observe, s'envisage ; Une égale fureur anime les esprits : Tels deux fougueux taureaux, de jalousie épris Auprès d'une génisse au front large et superbe Oubliant tous les jours le pâturage et l'herbe, A l'aspect l'un de l'autre, embrasés, furieux, Déjà le front baissé, se menacent des yeux. Mais Evrard, en passant coudoyé par Boirude, Ne sait point contenir son aigre inquiétude ; Il entre chez Barbin, et, d'un bras irrité, Saisissant du Cyrus un volume écarté, Il lance au sacristain le tome épouvantable.
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