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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin

De leurs appartements percer les avenues,
Réveiller ces valets autour d'eux étendus,

De leurs sacrés repos ministres assidus,

Et pénétrer des lits aux bruits inaccessibles ;

Pensez-vous, au moment que les ombres paisibles

A ces lits enchanteurs ont su les attacher.

Que la voix d'un mortel les en puisse arracher ?

Deux chantres feront-ils, dans l'ardeur de vous plaire,

Ce que depuis trente ans six cloches n'ont pu faire ?

Ah ! je vois bien où tend tout ce discours trompeur,
Reprend le chaud vieillard : le prélat vous fait peur.

Je vous ai vus cent fois, sous sa main bénissante,

Courber servilement une épaule tremblante.

Hé bien ! allez ; sous lui fléchissez les genoux :

Je saurai réveiller les chanoines sans vous.

Viens, Girot, seul ami qui me reste fidèle :

Prenons du saint jeudi la bruyante crécelle.

Suis-moi. Qu'à son lever le soleil aujourd'hui

trouve tout le chapitre éveillé devant lui.

Il dit. Du fond poudreux d'une armoire sacrée
Par les mains de Girot la crécelle est tirée.

Ils sortent à l'instant, et, par d'heureux efforts,

Du lugubre instrument font crier les ressorts.

Pour augmenter l'effroi, la Discorde infernale

Monte dans le palais, entre dans la grand'salle,

Et, du fond de cet antre, au travers de la nuit,

Fait sortir le démon du tumulte et du bruit.

Le quartier alarmé n'a plus d'yeux qui sommeillent ;

Déjà de toutes parts les chanoines s'éveillent

L'on croit que le tonnerre est tombé sur les toits,

Et que l'église brûle une seconde fois ;

L'autre, encor agité de vapeurs plus funèbres,

Pense être au jeudi saint, croit que l'on dit ténèbres,

Et déjà tout confus, tenant midi sonné,

En soi-même frémit de n'avoir point dîné.

Ainsi, lorsque tout prêt à briser cent murailles
Louis, la foudre en main abandonnant Versailles,

Au retour du soleil et des zéphyrs nouveaux,

Fait dans les champs de Mars déployer les drapeaux ;

Au seul bruit répandu de sa marche étonnante,

Le Danube s'émeut, le Tage s'épouvante,

Bruxelles attend le coup qui la doit foudroyer,

Et le Batave encore est prêt à se noyer.

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