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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin

J'ai cru remplir au choeur ma place accoutumée.
Là, triomphant aux yeux des chantres impuissant,

Je bénissais le peuple, et j'avalais l'encens ;

Lorsque du fond caché de notre sacristie

Une épaisse nuée à longs flots est sortie,

Qui, s'ouvrant à mes yeux, dans un bleuâtre éclat

M'a fait voir un serpent conduit par le prélat.

Du corps de ce dragon, plein de soufre et de nitre,

Une tête sortait en forme de pupitre,

Dont le triangle affreux, tout hérissé de crins,

Surpassait en grosseur nos plus épais lutrins.

Animé par son guide, en sifflant il s'avance :

Contre moi sur mon banc je le vois qui s'élance.

J'ai crié, mais en vain : et, fuyant sa fureur,

Je me suis réveillé plein de trouble et d'horreur.

Le chantre, s'arrêtant à cet endroit funeste,
A ses yeux effrayés laisse dire le reste.

Girot en vain l'assure, et, riant de sa peur,

Nomme sa vision l'effet d'une vapeur :

Le désolé vieillard, qui hait la raillerie,

Lui défend de parler, sort du lit en furie.

On apporte à l'instant ses somptueux habits,

Où sur l'ouate molle éclata le tabis.

D'une longue soutane il endosse la moire,

Prend ses gants violets, les marques de sa gloire ;

Et saisit, en pleurant, ce rochet qu'autrefois

Le prélat trop jaloux lui rogna de trois doigts.

Aussitôt d'un bonnet ornant sa tête grise,

Déjà l'aumuce en main il marche vers l'église,

Et, hâtant de ses ans l'importune langueur,

Court, vole, et, le premier, arrive dans le choeur.

O toi qui, sur ces bords qu'une eau dormante mouille
Vit combattre autrefois le rat et la grenouille ;

Qui, par les traits hardis d'un bizarre pinceau,

Mit l'Italie en feu pour la perte d'un seau ;

Muse, prête à ma bouche une voix plus sauvage,

Pour chanter le dépit, la colère, la rage,

Que le chantre sentit allumer dans son sang

A l'aspect du pupitre élevé sur son banc.

D'abord pâle et muet, de colère immobile,

A force de douleur, il demeura tranquille ;

Mais sa voix s'échappant au travers des sanglots

Dans sa bouche à la fin fit passage à ces mots :

La voilà donc, Girot, cette hydre épouvantable

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