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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin

T'annonçait du lutrin le funeste appareil ;
Avant que de souffrir qu'on en posât la masse,

Tu viendrais en apôtre expirer dans ta place ;

Et, martyr glorieux d'un point d'honneur nouveau

Offrir ton corps aux clous et ta tête au marteau.

Mais déjà sur ton banc la machine enclavée
Est, durant ton sommeil, à ta honte élevée.

Le sacristain achève en deux coups de rabot ;

Et le pupitre enfin tourne sur son pivot.

CHANT QUATRIEME

Les cloches, dans les airs, de leurs voix argentines,
Appelaient à grand bruit les chantres à matines ;

Quand leur chef, agité d'un sommeil effrayant,

Encor tout en sueur se réveille en criant.

Aux élans redoublés de sa voix douloureuse,

Tous ses valets tremblants quittent la plume oiseuse ;

Le vigilant Girot court à lui le premier :

C'est d'un maître si saint le plus digne officier ;

La porte dans le choeur à sa garde est commise :

Valet souple au logis, fier huissier à l'église.

Quel chagrin, lui dit-il, trouble votre sommeil ?
Quoi ! voulez-vous au choeur prévenir le soleil ?

Ah ! dormez, et laissez à des chantres vulgaires

Le soin d'aller sitôt mériter leurs salaires.

Ami, lui dit le chantre encor pâle d'horreur,
N'insulte point, de grâce, à ma juste terreur :

Mêle plutôt ici tes soupirs à mes plaintes,

Et tremble en écoutant le sujet de mes craintes.

Pour la seconde fois un sommeil grâcieux

Avait sous ses pavots appesanti mes yeux ;

Quand, l'esprit enivré d'une douce fumée,

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