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Nicolas Boileau-Despréaux - Le Lutrin
Ne peut plus enfanter de ces âmes divines : Mais que vos coeurs, du moins, imitant leurs vertus, De l'aspect d'un hibou ne soient pas abattus. Songez quel déshonneur va souiller votre gloire, Quand le chantre demain entendra sa victoire. Vous verrez tous les jours le chanoine insolent, Au seul mot de hibou, vous sourire en parlant. Votre âme, à ce penser, de colère murmure : Allez donc de ce pas en prévenir l'injure ; Méritez les lauriers qui vous sont réservés, Et ressouvenez-vous quel prélat vous servez. Mais déjà la fureur dans vos yeux étincelle. Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle. Que le prélat, surpris d'un changement si prompt, Apprenne la vengeance aussitôt que l'affront.
En achevant ces mots, la déesse guerrière De son pied trace en l'air un sillon de lumière ; rend aux trois champions leur intrépidité, Et les laisse tout pleins de sa divinité.
C'est ainsi, grand Condé, qu'en ce combat célèbre, Où ton bras fit trembler le Rhin, l'Escaut et l'Ebre, Lorsqu'aux plaines de Lens nos bataillons poussés Furent presque à tes yeux ouverts ou renversés, Ta valeur, arrêtant les troupes fugitives, Rallia d'un regard leurs cohortes craintives ; Répandit dans leurs rangs ton esprit belliqueux, Et força la victoire à te suivre avec eux.
La colère à l'instant succédant à la crainte, Ils rallument le feu de leur bougie éteinte : Ils rentrent ; l'oiseau sort : l'escadron raffermi Rit du honteux départ d'un si faible ennemi. Aussitôt dans le choeur la machine emportée Est sur le banc du chantre à grand bruit remontée. Ses ais demi-pourris, que l'âge a relâchés, Sont à coups de maillet unis et rapprochés. Sous les coups redoublés tous les bancs retentissent, Les murs en sont émus, les voûtes en mugissent. Et l'orgue même en pousse un long gémissement.
Que fais-tu, chantre, hélas ! dans ce triste moment ? Tu dors d'un profond somme, et ton coeur sans alarmes Ne sait pas qu'on bâtit l'instrument de tes larmes ! Oh ! que si quelque bruit, par un heureux réveil,
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