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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Sur les choses toujours jette une droite vue ; Chez elle jamais rien ne surprend trop d'accès, Et sa ferme raison ne tombe en nul excès. Il donne aux gens de bien une gloire immortelle ; Mais sans aveuglement il fait briller ce zèle, Et l'amour pour les vrais ne ferme point son coeur A tout ce que les faux doivent donner d'horreur. Celui-ci n'étoit pas pour le pouvoir surprendre, Et de pièges plus fins on le voit se défendre. D'abord il a percé, par ses vives clartés, Des replis de son coeur toutes les lâchetés. Venant vous accuser, il s'est trahi lui-même, Et par un juste trait de l'équité suprême, S'est découvert au Prince un fourbe renommé, Dont sous un autre nom il étoit informé ; Et c'est un long détail d'actions toutes noires Dont on pourroit former des volumes d'histoires. Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté Sa lâche ingratitude et sa déloyauté ; A ses autres horreurs il a joint cette suite, Et ne m'a jusqu'ici soumis à sa conduite Que pour voir l'impudence aller jusques au bout, Et vous faire par lui faire raison du tout. Oui, de tous vos papiers, dont il se dit le maître, Il veut qu'entre vos mains je dépouille le traître. D'un souverain pouvoir, il brise les liens Du contrat qui lui fait un don de tous vos biens, Et vous pardonne enfin cette offense secrète Où vous a d'un ami fait tomber la retraite ; Et c'est le prix qu'il donne au zèle qu'autrefois On vous vit témoigner en appuyant ses droits, Pour montrer que son coeur sait, quand moins on y pense, D'une bonne action verser la récompense, Que jamais le mérite avec lui ne perd rien, Et que mieux que du mal il se souvient du bien.
DORINE
Que le Ciel soit loué !
MADAME PERNELLE
Maintenant je respire.
ELMIRE
Favorable succès !
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