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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
ELMIRE
L'imposteur !
DORINE
Comme il sait, de traîtresse manière, Se faire un beau manteau de tout ce qu'on révère !
CLÉANTE
Mais s'il est si parfait que vous le déclarez, Ce zèle qui vous pousse et dont vous vous parez, D'où vient que pour paroître il s'avise d'attendre Qu'à poursuivre sa femme il ait su vous surprendre, Et que vous ne songez à l'aller dénoncer Que lorsque son honneur l'oblige à vous chasser ? Je ne vous parle point, pour devoir en distraire, Du don de tout son bien qu'il venoit de vous faire ; Mais le voulant traiter en coupable aujourd'hui, Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui ?
TARTUFFE
, à l'Exempt.
Délivrez-moi, Monsieur, de la criaillerie, Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie.
L'EXEMPT
Oui, c'est trop demeurer sans doute à l'accomplir : Votre bouche à propos m'invite à le remplir ; Et pour l'exécuter, suivez-moi tout à l'heure Dans la prison qu'on doit vous donner pour demeure.
TARTUFFE
Qui ? moi, Monsieur ?
L'EXEMPT
Oui, vous.
TARTUFFE
Pourquoi donc la prison ?
L'EXEMPT
Ce n'est pas vous à qui j'en veux rendre raison. Remettez-vous, Monsieur, d'une alarme si chaude. Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude, Un prince dont les yeux se font jour dans les coeurs, Et que ne peut tromper tout l'art des imposteurs. D'un fin discernement sa grande âme pourvue
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