bibliotheq.net - littérature française
 

Molière - Tartuffe ou l'Imposteur

Auroient pu procéder d'une façon moins douce.

ORGON

Et que peut-on de pis que d'ordonner aux gens
De sortir de chez eux ?

MONSIEUR LOYAL

On vous donne du temps,
Et jusques à demain je ferai surséance

A l'exécution, Monsieur, de l'ordonnance.

Je viendrai seulement passer ici la nuit,

Avec dix de mes gens, sans scandale et sans bruit.

Pour la forme, il faudra, s'il vous plaît, qu'on m'apporte,

Avant que se coucher, les clefs de votre porte.

J'aurai soin de ne pas troubler votre repos,

Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos.

Mais demain, du matin, il vous faut être habile

A vuider de céans jusqu'au moindre ustensile :

Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts,

Pour vous faire service à tout mettre dehors.

On n'en peut pas user mieux que je fais, je pense ;

Et comme je vous traite avec grande indulgence,

Je vous conjure aussi, Monsieur, d'en user bien,

Et qu'au dû de ma charge on ne me trouble en rien.

ORGON

Du meilleur de mon coeur je donnerois sur l'heure
Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure,

Et pouvoir à plaisir sur ce mufle assener

Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.

CLÉANTE

Laissez, ne gâtons rien.

DAMIS

A cette audace étrange,
J'ai peine à me tenir, et la main me démange.

DORINE

Avec un si bon dos, ma foi, Monsieur Loyal,
Quelques coups de bâton ne vous siéroient pas mal.

MONSIEUR LOYAL

On pourroit bien punir ces paroles infâmes,
Mamie, et l'on décrète aussi contre les femmes.

< page précédente | 74 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.