|
Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Auroient pu procéder d'une façon moins douce.
ORGON
Et que peut-on de pis que d'ordonner aux gens De sortir de chez eux ?
MONSIEUR LOYAL
On vous donne du temps, Et jusques à demain je ferai surséance A l'exécution, Monsieur, de l'ordonnance. Je viendrai seulement passer ici la nuit, Avec dix de mes gens, sans scandale et sans bruit. Pour la forme, il faudra, s'il vous plaît, qu'on m'apporte, Avant que se coucher, les clefs de votre porte. J'aurai soin de ne pas troubler votre repos, Et de ne rien souffrir qui ne soit à propos. Mais demain, du matin, il vous faut être habile A vuider de céans jusqu'au moindre ustensile : Mes gens vous aideront, et je les ai pris forts, Pour vous faire service à tout mettre dehors. On n'en peut pas user mieux que je fais, je pense ; Et comme je vous traite avec grande indulgence, Je vous conjure aussi, Monsieur, d'en user bien, Et qu'au dû de ma charge on ne me trouble en rien.
ORGON
Du meilleur de mon coeur je donnerois sur l'heure Les cent plus beaux louis de ce qui me demeure, Et pouvoir à plaisir sur ce mufle assener Le plus grand coup de poing qui se puisse donner.
CLÉANTE
Laissez, ne gâtons rien.
DAMIS
A cette audace étrange, J'ai peine à me tenir, et la main me démange.
DORINE
Avec un si bon dos, ma foi, Monsieur Loyal, Quelques coups de bâton ne vous siéroient pas mal.
MONSIEUR LOYAL
On pourroit bien punir ces paroles infâmes, Mamie, et l'on décrète aussi contre les femmes.
|