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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Et la sévérité de ces femmes de bien Censure toute chose, et ne pardonne à rien ; Hautement d'un chacun elles blâment la vie, Non point par charité, mais par un trait d'envie, Qui ne sauroit souffrir qu'une autre ait les plaisirs Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs.
MADAME PERNELLE
Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plaire. Ma bru, l'on est chez vous contrainte de se taire, Car Madame à jaser tient le dé tout le jour. Mais enfin je prétends discourir à mon tour : Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage ; Que le Ciel au besoin l'a céans envoyé Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé ; Que pour votre salut vous le devez entendre, Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre. Ces visites, ces bals, ces conversations Sont du malin esprit toutes inventions. Là jamais on n'entend de pieuses paroles : Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles ; Bien souvent le prochain en a sa bonne part, Et l'on y sait médire et du tiers et du quart. Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées De la confusion de telles assemblées : Mille caquets divers s'y font en moins de rien ; Et comme l'autre jour un docteur dit fort bien, C'est véritablement la tour de Babylone, Car chacun y babille, et tout du long de l'aune ; Et pour conter l'histoire où ce point l'engagea... Voilà-t-il pas Monsieur qui ricane déjà ! Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire, Et sans... Adieu, ma bru : je ne veux plus rien dire. Sachez que pour céans j'en rabats de moitié, Et qu'il fera beau temps quand j'y mettrai le pied. [Donnant un soufflet à Flipote.] Allons, vous, vous rêvez, et bayez aux corneilles. Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles. Marchons, gaupe, marchons.
SCÈNE II. - Cléante, Dorine. CLÉANTE
Je n'y veux point aller, De peur qu'elle ne vînt encor me quereller,
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