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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Vous ne gardez en rien les doux tempéraments ; Dans la droite raison jamais n'entre la vôtre, Et toujours d'un excès vous vous jetez dans l'autre. Vous voyez votre erreur, et vous avez connu Que par un zèle feint vous étiez prévenu ; Mais pour vous corriger, quelle raison demande Que vous alliez passer dans une erreur plus grande, Et qu'avecque le coeur d'un perfide vaurien Vous confondiez les coeurs de tous les gens de bien ? Quoi ? parce qu'un fripon vous dupe avec audace Sous le pompeux éclat d'une austère grimace, Vous voulez que partout on soit fait comme lui, Et qu'aucun vrai dévot ne se trouve aujourd'hui ? Laissez aux libertins ces sottes conséquences ; Démêlez la vertu d'avec ses apparences, Ne hasardez jamais votre estime trop tôt, Et soyez pour cela dans le milieu qu'il faut : Gardez-vous, s'il se peut, d'honorer l'imposture, Mais au vrai zèle aussi n'allez pas faire injure ; Et s'il vous faut tomber dans une extrémité, Péchez plutôt encor de cet autre côté.
SCÈNE II. - Damis, Orgon, Cléante. DAMIS
Quoi ? mon père, est-il vrai qu'un coquin vous menace ? Qu'il n'est point de bienfait qu'en son âme il n'efface, Et que son lâche orgueil, trop digne de courroux, Se fait de vos bontés des armes contre vous ?
ORGON
Oui, mon fils, et j'en sens des douleurs non pareilles.
DAMIS
Laissez-moi, je lui veux couper les deux oreilles : Contre son insolence on ne doit point gauchir ; C'est à moi, tout d'un coup, de vous en affranchir, Et pour sortir d'affaire, il faut que je l'assomme.
CLÉANTE
Voilà tout justement parler en vrai jeune homme. Modérez, s'il vous plaît, ces transports éclatants : Nous vivons sous un règne et sommes dans un temps Où par la violence on fait mal ses affaires.
SCÈNE III.- Madame Pernelle, Mariane, Elmire, Dorine,
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