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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Sans doute il est fâcheux d'en venir jusque-là, Et c'est bien malgré moi que je franchis cela ; Mais puisque l'on s'obstine à m'y vouloir réduire, Puisqu'on ne veut point croire à tout ce qu'on peut dire, Et qu'on veut des témoins qui soient plus convaincants, Il faut bien s'y résoudre, et contenter les gens. Si ce consentement porte en soi quelque offense, Tant pis pour qui me force à cette violence ; La faute assurément n'en doit pas être à moi.
TARTUFFE
Oui, Madame, on s'en charge ; et la chose de soi...
ELMIRE
Ouvrez un peu la porte, et voyez, je vous prie, Si mon mari n'est point dans cette galerie.
TARTUFFE
Qu'est-il besoin pour lui du soin que vous prenez ? C'est un homme, entre nous, à mener par le nez ; De tous nos entretiens il est pour faire gloire, Et je l'ai mis au point de voir tout sans rien croire.
ELMIRE
Il n'importe : sortez, je vous prie, un moment, Et partout là dehors voyez exactement.
SCÈNE VI. - Orgon, Elmire. ORGON
, sortant de dessous la table.
Voilà, je vous l'avoue, un abominable homme. Je n'en puis revenir, et tout ceci m'assomme.
ELMIRE
Quoi ? vous sortez si tôt ? vous vous moquez des gens. Rentrez sous le tapis, il n'est pas encor temps ; Attendez jusqu'au bout pour voir les choses sûres, Et ne vous fiez point aux simples conjectures.
ORGON
Non, rien de plus méchant n'est sorti de l'enfer.
ELMIRE
Mon Dieu ! l'on ne doit point croire trop de léger. Laissez-vous bien convaincre avant que de vous rendre, Et ne vous hâtez point, de peur de vous méprendre.
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