|
Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
ELMIRE
. Elle tousse pour avertir son mari.
Quoi ? vous voulez aller avec cette vitesse, Et d'un coeur tout d'abord épuiser la tendresse ? On se tue à vous faire un aveu des plus doux ; Cependant ce n'est pas encore assez pour vous, Et l'on ne peut aller jusqu'à vous satisfaire, Qu'aux dernières faveurs on ne pousse l'affaire ?
TARTUFFE
Moins on mérite un bien, moins on l'ose espérer. Nos voeux sur des discours ont peine à s'assurer. On soupçonne aisément un sort tout plein de gloire, Et l'on veut en jouir avant que de le croire. Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés, Je doute du bonheur de mes témérités ; Et je ne croirai rien, que vous n'ayez, Madame, Par des réalités su convaincre ma flamme.
ELMIRE
Mon Dieu, que votre amour en vrai tyran agit, Et qu'en un trouble étrange il me jette l'esprit ! Que sur les coeurs il prend un furieux empire, Et qu'avec violence il veut ce qu'il désire ! Quoi ? de votre poursuite on ne peut se parer, Et vous ne donnez pas le temps de respirer ? Sied-il bien de tenir une rigueur si grande, De vouloir sans quartier les choses qu'on demande, Et d'abuser ainsi par vos efforts pressants Du foible que pour vous vous voyez qu'ont les gens ?
TARTUFFE
Mais si d'un oeil bénin vous voyez mes hommages, Pourquoi m'en refuser d'assurés témoignages ?
ELMIRE
Mais comment consentir à ce que vous voulez, Sans offenser le Ciel, dont toujours vous parlez ?
TARTUFFE
Si ce n'est que le Ciel qu'à mes voeux on oppose, Lever un tel obstacle est à moi peu de chose, Et cela ne doit pas retenir votre coeur.
ELMIRE
Mais des arrêts du Ciel on nous fait tant de peur !
|