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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Ah ! si d'un tel refus vous êtes en courroux, Que le coeur d'une femme est mal connu de vous ! Et que vous savez peu ce qu'il veut faire entendre Lorsque si foiblement on le voit se défendre ! Toujours notre pudeur combat dans ces moments Ce qu'on peut nous donner de tendres sentiments. Quelque raison qu'on trouve à l'amour qui nous dompte, On trouve à l'avouer toujours un peu de honte ; On s'en défend d'abord ; mais de l'air qu'on s'y prend, On fait connoître assez que notre coeur se rend, Qu'à nos voeux par honneur notre bouche s'oppose, Et que de tels refus promettent toute chose. C'est vous faire sans doute un assez libre aveu, Et sur notre pudeur me ménager bien peu ; Mais puisque la parole enfin en est lâchée, A retenir Damis me serois-je attachée, Aurois-je, je vous prie, avec tant de douceur Écouté tout au long l'offre de votre coeur, Aurois-je pris la chose ainsi qu'on m'a vu faire, Si l'offre de ce coeur n'eût eu de quoi me plaire ? Et lorsque j'ai voulu moi-même vous forcer A refuser l'hymen qu'on venoit d'annoncer, Qu'est-ce que cette instance a dû vous faire entendre, Que l'intérêt qu'en vous on s'avise de prendre, Et l'ennui qu'on auroit que ce noeud qu'on résout Vînt partager du moins un coeur que l'on veut tout ?
TARTUFFE
C'est sans doute, Madame, une douceur extrême Que d'entendre ces mots d'une bouche qu'on aime : Leur miel dans tous mes sens fait couler à longs traits Une suavité qu'on ne goûta jamais. Le bonheur de vous plaire est ma suprême étude, Et mon coeur de vos voeux fait sa béatitude ; Mais ce coeur vous demande ici la liberté D'oser douter un peu de sa félicité. Je puis croire ces mots un artifice honnête Pour m'obliger à rompre un hymen qui s'apprête ; Et s'il faut librement m'expliquer avec vous, Je ne me fierai point à des propos si doux, Qu'un peu de vos faveurs, après quoi je soupire, Ne vienne m'assurer tout ce qu'ils m'ont pu dire, Et planter dans mon âme une constante foi Des charmantes bontés que vous avez pour moi.
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