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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
Il falloit renoncer à ses meilleurs amis. Et quand même on pourroit se résoudre à le faire, Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire ? Contre la médisance il n'est point de rempart. A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard ; Efforçons-nous de vivre avec toute innocence, Et laissons aux causeurs une pleine licence.
DORINE
Daphné, notre voisine, et son petit époux Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous ? Ceux de qui la conduite offre le plus à rire Sont toujours sur autrui les premiers à médire ; Ils ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente lueur du moindre attachement, D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie, Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie : Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs, Ils pensent dans le monde autoriser les leurs, Et sous le faux espoir de quelque ressemblance, Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence, Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés.
MADAME PERNELLE
Tous ces raisonnements ne font rien à l'affaire. On sait qu'Orante mène une vie exemplaire : Tout ses soins vont au Ciel ; et j'ai su par des gens Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.
DORINE
L'exemple est admirable, et cette dame est bonne ! Il est vrai qu'elle vit en austère personne ; Mais l'âge dans son âme a mis ce zèle ardent, Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant. Tant qu'elle a pu des coeurs attirer les hommages, Elle a fort bien joui de tous ses avantages ; Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser, Au monde, qui la quitte, elle veut renoncer, Et du voile pompeux d'une haute sagesse De ses attraits usés déguise la foiblesse. Ce sont là les retours des coquettes du temps. Il leur est dur de voir déserter les galants. Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude Ne voit d'autre recours que le métier de prude ;
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