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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur

Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.

SCÈNE III. - Orgon, Elmire, Mariane, Cléante, Dorine.


ORGON

Ha ! je me réjouis de vous voir assemblés :
(A Mariane.)

Je porte en ce contrat de quoi vous faire rire,

Et vous savez déjà ce que cela veut dire.

MARIANE

, à genoux.

Mon père, au nom du Ciel, qui connoît ma douleur,
Et par tout ce qui peut émouvoir votre coeur,

Relâchez-vous un peu des droits de la naissance,

Et dispensez mes voeux de cette obéissance ;

Ne me réduisez point par cette dure loi

Jusqu'à me plaindre au Ciel de ce que je vous doi,

Et cette vie, hélas ! que vous m'avez donnée,

Ne me la rendez pas, mon père, infortunée.

Si, contre un doux espoir que j'avois pu former,

Vous me défendez d'être à ce que j'ose aimer,

Au moins, par vos bontés, qu'à vos genoux j'implore,

Sauvez-moi du tourment d'être à ce que j'abhorre,

Et ne me portez point a quelque désespoir,

En vous servant sur moi de tout votre pouvoir.

ORGON

, se sentant attendrir.

Allons, ferme, mon coeur, point de foiblesse humaine.

MARIANE

Vos tendresses pour lui ne me font point de peine ;
Faites-les éclater, donnez-lui votre bien,

Et, si ce n'est assez, joignez-y tout le mien :

J'y consens de bon coeur, et je vous l'abandonne ;

Mais au moins n'allez pas jusques à ma personne,

Et souffrez qu'un couvent dans les austérités

Use les tristes jours que le Ciel m'a comptés.

ORGON

Ah ! voilà justement de mes religieuses,
Lorsqu'un père combat leurs flammes amoureuses !

Debout ! Plus votre coeur répugne à l'accepter,

Plus ce sera pour vous matière à mériter :

Mortifiez vos sens avec ce mariage,

Et ne me rompez pas la tête davantage.

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