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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
A prévenir les bruits et les sujets d'ombrage. Je fuirai votre épouse, et vous ne me verrez...
ORGON
Non, en dépit de tous vous la fréquenterez. Faire enrager le monde est ma plus grande joie, Et je veux qu'avec elle à toute heure on vous voie. Ce n'est pas tout encor : pour les mieux braver tous, Je ne veux point avoir d'autre héritier que vous, Et je vais de ce pas, en fort bonne manière, Vous faire de mon bien donation entière. Un bon et franc ami, que pour gendre je prends, M'est bien plus cher que fils, que femme, et que parents. N'accepterez-vous pas ce que je vous propose ?
TARTUFFE
La volonté du Ciel soit faite en toute chose.
ORGON
Le pauvre homme ! Allons vite en dresser un écrit, Et que puisse l'envie en crever de dépit !
ACTE IV. SCÈNE PREMIÈRE. - Cléante, Tartuffe. CLÉANTE
Oui, tout le monde en parle, et vous m'en pouvez croire, L'éclat que fait ce bruit n'est point à votre gloire ; Et je vous ai trouvé, Monsieur, fort à propos, Pour vous en dire net ma pensée en deux mots. Je n'examine point à fond ce qu'on expose ; Je passe là-dessus, et prends au pis la chose. Supposons que Damis n'en ait pas bien usé, Et que ce soit à tort qu'on vous ait accusé ; N'est-il pas d'un chrétien de pardonner l'offense, Et d'éteindre en son coeur tout désir de vengeance ? Et devez-vous souffrir, pour votre démêlé, Que du logis d'un père un fils soit exilé ? Je vous le dis encore, et parle avec franchise, Il n'est petit ni grand qui ne s'en scandalise ; Et si vous m'en croyez, vous pacifierez tout, Et ne pousserez point les affaires à bout. Sacrifiez à Dieu toute votre colère, Et remettez le fils en grâce avec le père.
TARTUFFE
Hélas ! je le voudrois, quant à moi, de bon coeur :
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