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Molière - Tartuffe ou l'Imposteur
ORGON
Je vous dis...
DORINE
Non, vous avez beau faire, On ne vous croira point.
ORGON
A la fin mon courroux...
DORINE
Hé bien ! on vous croit donc, et c'est tant pis pour vous. Quoi ? se peut-il, Monsieur, qu'avec l'air d'homme sage Et cette large barbe au milieu du visage, Vous soyez assez fou pour vouloir... ?
ORGON
Écoutez : Vous avez pris céans certaines privautés Qui ne me plaisent point ; je vous le dis, mamie.
DORINE
Parlons sans nous fâcher, Monsieur, je vous supplie. Vous moquez-vous des gens d'avoir fait ce complot ? Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot : Il a d'autres emplois auxquels il faut qu'il pense. Et puis, que vous apporte une telle alliance ? A quel sujet aller, avec tout votre bien, Choisir une gendre gueux ?...
ORGON
Taisez-vous. S'il n'a rien, Sachez que c'est par là qu'il faut qu'on le révère. Sa misère est sans doute une honnête misère ; Au-dessus des grandeurs elle doit l'élever, Puisqu'enfin de son bien il s'est laissé priver Par son trop peu de soin des choses temporelles, Et sa puissante attache aux choses éternelles. Mais mon secours pourra lui donner les moyens De sortir d'embarras et rentrer dans ses biens : Ce sont fiefs qu'à bon titre au pays on renomme ; Et tel que l'on le voit, il est bien gentilhomme.
DORINE
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