bibliotheq.net - littérature française
 

Molière - Tartuffe ou l'Imposteur

ORGON

Je vous dis...

DORINE

Non, vous avez beau faire,
On ne vous croira point.

ORGON

A la fin mon courroux...

DORINE

Hé bien ! on vous croit donc, et c'est tant pis pour vous.
Quoi ? se peut-il, Monsieur, qu'avec l'air d'homme sage

Et cette large barbe au milieu du visage,

Vous soyez assez fou pour vouloir... ?

ORGON

Écoutez :
Vous avez pris céans certaines privautés

Qui ne me plaisent point ; je vous le dis, mamie.

DORINE

Parlons sans nous fâcher, Monsieur, je vous supplie.
Vous moquez-vous des gens d'avoir fait ce complot ?

Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot :

Il a d'autres emplois auxquels il faut qu'il pense.

Et puis, que vous apporte une telle alliance ?

A quel sujet aller, avec tout votre bien,

Choisir une gendre gueux ?...

ORGON

Taisez-vous. S'il n'a rien,
Sachez que c'est par là qu'il faut qu'on le révère.

Sa misère est sans doute une honnête misère ;

Au-dessus des grandeurs elle doit l'élever,

Puisqu'enfin de son bien il s'est laissé priver

Par son trop peu de soin des choses temporelles,

Et sa puissante attache aux choses éternelles.

Mais mon secours pourra lui donner les moyens

De sortir d'embarras et rentrer dans ses biens :

Ce sont fiefs qu'à bon titre au pays on renomme ;

Et tel que l'on le voit, il est bien gentilhomme.

DORINE

< page précédente | 20 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.