bibliotheq.net - littérature française
 

Molière - Sganarelle

Voir cajoler sa femme, et n'en témoigner rien,
Se pratique aujourd'hui par force gens de bien.

N'allons donc point chercher à faire une querelle

Pour un affront qui n'est que pure bagatelle.

L'on m'appellera sot, de ne me venger pas :

Mais je le serais fort, de courir au trépas.

(Mettant la main sur sa poitrine.)

Je me sens là pourtant remuer une bile
Qui veut me conseiller quelque action virile.

Oui, le courroux me prend ; c'est trop être poltron :

Je veux résolument me venger du larron.

Déjà, pour commencer, dans l'ardeur qui m'enflamme,

Je vais dire partout qu'il couche avec ma femme.

- - - - - -

SCÈNE XVIII. - Gorgibus, Célie, la suivante de Célie.

Célie

Oui, je veux bien subir une si juste loi,
Mon père, disposez de mes voeux et de moi ;

Faites, quand vous voudrez, signer cet hyménée :

À suivre mon devoir je suis déterminée ;

Je prétends gourmander mes propres sentiments,

Et me soumettre en tout à vos commandements.

Gorgibus

Ah ! voilà qui me plaît, de parler de la sorte.
Parbleu, si grande joie à l'heure me transporte,

Que mes jambes sur l'heure en caprioleraient (11),

Si nous n'étions point vus de gens qui s'en riraient !

Approche-toi de moi, viens çà ; que je t'embrasse.

Une telle action n'a pas mauvaise grâce ;

Un père, quand il veut, peut sa fille baiser,

Sans que l'on ait sujet de s'en scandaliser.

Va, le contentement de te voir si bien née

Me fera rajeunir de dix fois une année.

- - - - - -

SCÈNE XIX. - Célie, la suivante de Célie.

La suivante

Ce changement m'étonne.

< page précédente | 26 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.