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Molière - Les Fourberies de Scapin
SCENE PREMIERE - GERONTE, ARGANTE
GERONTE
Oui, sans doute, par le temps qu'il fait, nous aurons ici nos gens aujourd'hui; et un matelot qui vient de Tarente m'a assuré qu'il avait vu mon homme qui était près de s'embarquer. Mais l'arrivée de ma fille trouvera les choses mal disposées a ce que nous nous proposions, et ce que vous venez de m'apprendre de votre fils rompt étrangement les mesures que nous avions prises ensemble.
ARGANTE
Ne vous mettez pas en peine; je vous réponds de renverser tout cet obstacle, et j'y travaille de ce pas.
GERONTE
Ma foi, seigneur Argante, voulez-vous que je vous dise? L'éducation des enfants est une chose à quoi il faut s'attacher fortement.
ARGANTE
Sans doute. A quel propos cela?
GERONTE
A propos de ce que les mauvais déportements des jeunes gens viennent le plus souvent de la mauvaise éducation que leurs pères leur donnent.
ARGANTE
Cela arrive parfois. Mais que voulez-vous dire par là?
GERONTE
Ce que je veux dire par là?
ARGANTE
Oui.
GERONTE
Que, si vous aviez, en brave père, bien morigéné votre fils, il ne vous aurait pas joué le tour qu'il vous a fait.
ARGANTE
Fort bien. De sorte donc que vous avez bien morigéné le vôtre?
GERONTE
Sans doute, et je serais bien fâché qu'il m'eût rien fait approchant de cela.
ARGANTE
Et si ce fils que vous avez, en brave père, si bien morigéné, avait fait pis encore que le mien, eh?
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