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Molière - Les Fourberies de Scapin
ARGANTE
Je vous dis que cela sera.
SCAPIN
Bagatelles!
ARGANTE
Il ne faut point dire : Bagatelles.
SCAPIN
Mon Dieu, je vous connais, vous êtes bon naturellement.
ARGANTE
Je ne suis point bon, et je suis méchant, quand je veux. Finissons ce discours qui m'échauffe la bile. (En s'adressant à Sylvestre.) Va-t'en, pendard, va-t'en me chercher mon fripon, tandis que j'irai rejoindre le seigneur Géronte pour lui conter ma disgrâce.
SCAPIN
Monsieur, si je vous puis être utile en quelque chose, vous n'avez qu'à me commander.
ARGANTE
Je vous remercie. (A part.) Ah! pourquoi faut-il qu'il soit fils unique! Et que n'ai-je à cette heure la fille que le Ciel m'a ôtée, pour la faire mon héritière!
SCENE V - SCAPIN, SYLVESTRE
SYLVESTRE
J'avoue que tu es un grand homme, et voilà l'affaire en bon train, mais l'argent, d'autre part, nous presse pour notre subsistance, et nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous.
SCAPIN
Laisse-moi faire, la machine est trouvée. Je cherche seulement dans ma tête un homme qui nous soit affidé, pour jouer un personnage dont j'ai besoin. Attends. Tiens-toi un peu. Enfonce ton bonnet en méchant garçon. Campe-toi sur un pied. Mets ta main au côté. Fais les yeux furibonds. Marche un peu en roi de théâtre. Voilà qui est bien. Suis-moi. J'ai les secrets pour déguiser ton visage et ta voix.
SYLVESTRE
Je te conjure de ne m'aller point brouiller avec la justice.
SCAPIN
Va, va, nous partagerons les périls en frères; et trois ans de galères de plus ou de moins ne sont pas pour arrêter un noble coeur.
ACTE II
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