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Molière - Le Mariage forcé

ans! O le beau mariage! ô le beau mariage!

(Ce qu'il répète plusieurs fois en s'en allant.)

Scène III. - Sganarelle.

Sganarelle

Ce mariage doit être heureux, car il donne de la joie à tout le monde, et je fais rire tous ceux à qui j'en
parle. Me voilà maintenant le plus content des hommes.

Scène IV. - Dorimène, Sganarelle.

Dorimène

(dans le fond du théâtre, à un petit laquais qui la suit.)

Allons, petit garçon, qu'on tienne bien ma queue, et qu'on ne s'amuse pas à badiner.

Sganarelle

(à part, apercevant Dorimène.)

Voici ma maîtresse qui vient. Ah! qu'elle est agréable! Quel air, et quelle taille! Peut-il y avoir un homme
qui n'ait, en la voyant, des démangeaisons de se marier ?

(à Dorimène.)

Où allez-vous, belle mignone, chère épouse future de votre époux futur ?

Dorimène

Je vais faire quelques emplettes.

Sganarelle

Eh bien! ma belle, c'est maintenant que nous allons être heureux l'un et l'autre. Vous ne serez plus en
droit de me rien refuser ; et je pourrai faire avec vous tout ce qu'il me plaira, sans que personne s'en

scandalise. Vous allez être à moi depuis la tête jusqu'aux pieds, et je serai maître de tout : de vos petits

yeux éveillés, de votre petit nez fripon, de vos lèvres appétissantes, de vos oreilles amoureuses, de votre

petit menton joli, de vos petits tetons rondelets, de votre... Enfin, toute votre personne sera à ma

discrétion, et je serai à même de vous caresser comme je voudrai. N'êtes-vous pas bien aise de ce

mariage, mon aimable pouponne ?

Dorimène

Tout à fait aise, je vous jure. Car enfin la sévérité de mon père m'a tenue jusques ici dans une sujétion la
plus fâcheuse du monde. Il y a je ne sais combien que j'enrage du peu de liberté qu'il me donne, et j'ai

cent fois souhaité qu'il me mariât, pour sortir promptement de la contrainte où j'étais avec lui, et me voir

en état de faire ce que je voudrai. Dieu merci, vous êtes venu heureusement pour cela, et je me prépare

désormais à me donner du divertissement, et à réparer comme il faut le temps que j'ai perdu. Comme

vous êtes un fort galant homme, et que vous savez comme il faut vivre, je crois que nous ferons le

meilleur ménage du monde ensemble, et que vous ne serez point de ces maris incommodes qui veulent

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