|
Molière - Le Mariage forcé
La raison ? C'est que je ne me sens point propre pour le mariage, et que je veux imiter mon père, et tous ceux de ma race, qui ne se sont jamais voulu marier.
Alcantor
Écoutez. Les volontés sont libres ; et je suis homme à ne contraindre jamais personne. Vous vous êtes engagé avec moi pour épouser ma fille, et tout est préparé pour cela ; mais puisque vous voulez retirer votre parole, je vais voir ce qu'il y a à faire ; et vous aurez bientôt de mes nouvelles.
Scène XV. - Sganarelle.
Sganarelle
Encore est-il plus raisonnable que je ne pensais, et je croyais avoir bien plus de peine à m'en dégager. Ma foi, quand j'y songe, j'ai fait fort sagement de me tirer de cette affaire ; et j'allais faire un pas dont je me serais peut-être longtemps repenti. Mais voici le fils qui vient me rendre réponse.
Scène XVI. - Alcidas, Sganarelle.
Alcidas
(parlant d'un ton doucereux.)
Monsieur, je suis votre serviteur très humble.
Sganarelle
Monsieur, je suis le vôtre de tout mon coeur.
Alcidas
(toujours avec le même ton.)
Mon père m'a dit, Monsieur, que vous vous étiez venu dégager de la parole que vous aviez donnée.
Sganarelle
Oui, Monsieur, c'est avec regret ; mais...
Alcidas
Oh! Monsieur, il n'y a pas de mal à cela.
Sganarelle
J'en suis fâché, je vous assure ; et je souhaiterais...
Alcidas
Cela n'est rien, vous dis-je.
(Alcidas présente à Sganarelle deux épées.)
Monsieur, prenez la peine de choisir, de ces deux épées, laquelle vous voulez.
|