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Molière - L'École des femmes

ARNOLPHE
Le grès vous a mis en déroute ;
Mais cela ne doit pas vous étonner.

AGNES
Sans doute ;
Et j'ai compris d'abord que mon homme était là,

Qui, sans se faire voir, conduisait tout cela.

Mais ce qui m'a surpris, et qui va vous surprendre,

C'est un autre incident que vous allez entendre ;

Un trait hardi qu'a fait cette jeune beauté,

Et qu'on n'attendrait point de sa simplicité.

Il le faut avouer, l'Amour est un grand maître ;

Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être,

Et souvent de nos moeurs l'absolu changement

Devient par ses leçons l'ouvrage d'un moment.

De la nature en nous il force les obstacles,

Et ses effets soudains ont de l'air des miracles.

D'un avare à l'instant il fait un libéral,

Un vaillant d'un poltron, un civil d'un brutal ;

Il rend agile à tout l'âme la plus pesante

Et donne de l'esprit à la plus innocente.

Oui, ce dernier miracle éclate dans Agnès

Car, tranchant avec moi par ces termes exprès :

"Retirez-vous, mon âme aux visites renonce

Je sais tous vos discours, et voilà ma réponse".

Cette pierre ou ce grès dont vous vous étonnez

Avec un mot de lettre est tombée à mes pieds ;

Et j'admire de voir cette lettre ajustée

Avec le sens des mots et la pierre jetée.

D'une telle action n'êtes-vous pas surpris?

L'Amour sait-il pas l'art d'aiguiser les esprits?

Et peut-on me nier que ses flammes puissantes

Ne fassent dans un coeur des choses étonnantes?

Que dites-vous du tour et de ce mot d'écrit?

Euh! n'admirez-vous point cette adresse d'esprit?

Trouvez-vous pas plaisant de voir quel personnage

A joué mon jaloux dans tout ce badinage?

Dites.

ARNOLPHE
Oui, fort plaisant.

AGNES
Riez-en donc un peu.

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