|
Molière - L'École des femmes
L'une, de son galant, en adroite femelle, Fait fausse confidence à son époux fidèle, Qui dort en sûreté sur un pareil appas, Et le plaint, ce galant, des soins qu'il ne perd pas ; L'autre, pour se purger de sa magnificence, Dit qu'elle gagne au jeu l'argent qu'elle dépense, Et le mari benêt, sans songer à quel jeu, Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu. Enfin, ce sont partout des sujets de satire, Et, comme spectateur, ne puis-je pas en rire? Puis-je pas de nos sots...
CHRYSALDE Oui ; mais qui rit d'autrui Doit craindre qu'en revanche on rie aussi de lui. J'entends parler le monde, et des gens se délassent A venir débiter les choses qui se passent ; Mais, quoi que l'on divulgue aux endroits où je suis, Jamais on ne m'a vu triompher de ces bruits. J'y suis assez modeste ; et bien qu'aux occurrences Je puisse condamner certaines tolérances, Que mon dessein ne soit de souffrir nullement Ce que quelques maris souffrent paisiblement, Pourtant je n'ai jamais affecté de le dire ; Car enfin il faut craindre un revers de satire, Et l'on ne doit jamais jurer sur de tels cas De ce qu'on pourra faire, ou bien ne faire pas. Ainsi, quand à mon front, par un sort qui tout mène, Il serait arrivé quelque disgrâce humaine, Après mon procédé, je suis presque certain Qu'on se contentera de s'en rire sous main ; Et peut-être qu'encor j'aurai cet avantage, Que quelques bonnes gens diront que c'est dommage. Mais de vous, cher compère, il en est autrement ; Je vous le dis encor, vous risquez diablement. Comme sur les maris accusés de souffrance De tout temps votre langue a daubé d'importance, Qu'on vous a vu contre eux un diable déchaîné, Vous devez marcher droit, pour n'être point berné ; Et, s'il faut que sur vous on ait la moindre prise, Gare qu'aux carrefours on ne vous tympanise, Et...
ARNOLPHE Mon Dieu! notre ami, ne vous tourmentez point : Bien huppé qui pourra m'attraper sur ce point.
|