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Molière - L'École des femmes

Que cet honneur est tendre et se blesse de peu,
Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ;

Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes

Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.

Ce que je vous dis là ne sont point des chansons ;

Et vous devez du coeur dévorer ces leçons.

Si votre âme les suit et fuit d'être coquette,

Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette ;

Mais, s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond,

Elle deviendra lors noire comme un charbon ;

Vous paraîtrez à tous un objet effroyable,

Et vous irez un jour, vrai partage du diable,

Bouillir dans les enfers à toute éternité,

Dont veuille vous garder la céleste bonté!

Faites la révérence. Ainsi qu'une novice

Par coeur dans le couvent doit savoir son office,

Entrant au mariage il en faut faire autant ;

Et voici dans ma poche un écrit important,

Qui vous enseignera l'office de la femme.

J'en ignore l'auteur : mais c'est quelque bonne âme ;

Et je veux que ce soit votre unique entretien.

Tenez.

(Il se lève.)

Voyons un peu si vous le lirez bien.

(AGNES lit.)

« LES MAXIMES DU MARIAGE
OU LES DEVOIRS DE LA FEMME MARIEE

AVEC SON EXERCICE JOURNALIER

PREMIERE MAXIME
Celle qu'un lien honnête

Fait entrer au lit d'autrui,

Doit se mettre dans la tête,

Malgré le train d'aujourd'hui,

Que l'homme qui la prend ne la prend que pour lui.»

ARNOLPHE
Je vous expliquerai ce que cela veut dire ;
Mais pour l'heure présente, il ne faut rien que lire.

(AGNES poursuit.)

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