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Molière - L'École des femmes

Dis-moi, n'est-il pas vrai, quand tu tiens ton potage
Que si quelque affamé venait pour en manger,

Tu serais en colère, et voudrais le charger?

GEORGETTE
Oui, je comprends cela.

ALAIN
C'est justement tout comme.
La femme est en effet le potage de l'homme ;

Et, quand un homme voit d'autres hommes parfois

Qui veulent dans sa soupe aller tremper leurs doigts,

Il en montre aussitôt une colère extrême.

GEORGETTE
Oui ; mais pourquoi chacun n'en fait-il pas de même
Et que nous en voyons qui paraissent joyeux

Lorsque leurs femmes sont avec les biaux monsieux?

ALAIN
C'est que chacun n'a pas cette amitié goulue
Qui n'en veut que pour soi.

GEORGETTE
Si je n'ai la berlue,
Je le vois qui revient.

ALAIN
Tes yeux sont bons, c'est lui.

GEORGETTE
Vois comme il est chagrin.

ALAIN
C'est qu'il a de l'ennui.

Scène 4 : ARNOLPHE, AGNES, ALAIN, GEORGETTE.


ARNOLPHE

, à part.

Un certain Grec disait à l'empereur Auguste,
Comme une instruction utile autant que juste,

Que lorsqu'une aventure en colère nous met,

Nous devons, avant tout, dire notre alphabet,

Afin que dans ce temps la bile se tempère,

Et qu'on ne fasse rien que l'on ne doive faire,

J'ai suivi sa leçon sur le sujet d'Agnès,

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