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Molière - L'Avare
HARPAGON Je me moque de tous ces contes ; et le monde aujourd'hui n'est plein que de ces larrons de noblesse, que de ces imposteurs qui tirent avantage de leur obscurité et s'habillent insolemment du premier nom illustre qu'ils s'avisent de prendre.
VALERE Sachez que j'ai le coeur trop bon pour me parer de quelque chose qui ne soit point à moi, et que tout Naples peut rendre témoignage de ma naissance.
ANSELME Tout beau. Prenez garde à ce que vous allez dire. Vous risquez ici plus que vous ne pensez, et vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu, et qui peut aisément voir clair dans l'histoire que vous ferez.
VALERE , en mettant fièrement son chapeau Je ne suis point homme à rien craindre, et, si Naples vous est connu, vous savez qui était dom Thomas d'Alburcy.
ANSELME Sans doute je le sais, et peu de gens l'ont connu mieux que moi.
HARPAGON Je ne me soucie ni de dom Thomas ni dom Martin.
ANSELME De grâce, laissez-le parler ; nous verrons ce qu'il en veut dire.
VALERE Je veux dire que c'est lui qui m'a donné jour.
ANSELME Lui ?
VALERE Oui.
ANSELME Allez. Vous vous moquez. Cherchez quelque autre histoire qui vous puisse mieux réussir, et ne prétendez pas vous sauver sous cette imposture.
VALERE Songez à mieux parler. Ce n'est point une imposture, et je n'avance rien qu'il ne me soit aisé de justifier.
ANSELME Quoi ! vous osez vous dire fils de dom Thomas d'Alburcy ?
VALERE Oui, je l'ose, et je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.
ANSELME L'audace est merveilleuse ! Apprenez, pour vous confondre, qu'il y a seize ans pour le moins que
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