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Molière - L'Avare
Non, monsieur, ce ne sont point vos richesses qui m'ont tenté, ce n'est pas cela qui m'a ébloui ; et je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j'ai.
HARPAGON Non ferai, de par tous les diables ! je ne te le laisserai pas. Mais voyez quelle insolence de vouloir retenir le vol qu'il m'a fait !
VALERE Appelez-vous cela un vol ?
HARPAGON Si je l'appelle un vol ! un trésor comme celui-là !
VALERE C'est un trésor, il est vrai, et le plus précieux que vous ayez sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me le laisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein de charmes ; et, pour bien faire, il faut que vous me l'accordiez.
HARPAGON Je n'en ferai rien. Qu'est-ce à dire cela ?
VALERE Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons fait serment de ne nous point abandonner.
HARPAGON Le serment est admirable, et la promesse plaisante !
VALERE Oui, nous nous sommes engagés d'être l'un à l'autre à jamais.
HARPAGON Je vous en empêcherai bien, je vous assure.
VALERE Rien que la mort ne nous peut séparer.
HARPAGON C'est être bien endiablé après mon argent.
VALERE Je vous ai déjà dit, monsieur, que ce n'était point l'intérêt qui m'avait poussé à faire ce que j'ai fait. Mon coeur n'a point agi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noble m'a inspiré cette résolution.
HARPAGON Vous verrez que c'est par charité chrétienne qu'il veut avoir mon bien. Mais j'y donnerai bon ordre, et la justice, pendard effronté, me va faire raison de tout.
VALERE Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt à souffrir toutes les violences qu'il vous plaira ; mais je vous prie de croire au moins que, s'il y a du mal, ce n'est que moi qu'il en faut accuser, et que votre fille en tout ceci n'est aucunement coupable.
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