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Molière - L'Avare

En bons louis d'or et pistoles bien trébuchantes.

LE COMMISSAIRE
Qui soupçonnez-vous de ce vol ?

HARPAGON
Tout le monde ; et je veux que vous arrêtiez prisonniers la ville et les faubourgs.

LE COMMISSAIRE
Il faut, si vous m'en croyez, n'effaroucher personne, et tâcher doucement d'attraper quelques preuves, afin
de procéder après, par la rigueur, au recouvrement des deniers qui vous ont été pris.

SCENE II - MAITRE JACQUES, HARPAGON, LE COMMISSAIRE, SON CLERC.

MAITRE JACQUES
, au bout du théâtre, en se retournant du côté dont il sort. Je m'en vais revenir. Qu'on me l'égorge tout à
l'heure, qu'on me lui fasse griller les pieds, qu'on me le mette dans l'eau bouillante, et qu'on me le pende

au plancher.

HARPAGON
Qui ? celui qui m'a dérobé ?

MAITRE JACQUES
Je parle d'un cochon de lait que votre intendant me vient d'envoyer, et je veux vous l'accommoder à ma
fantaisie.

HARPAGON
Il n'est pas question de cela, et voilà monsieur à qui il faut parler d'autre chose.

LE COMMISSAIRE
Ne vous épouvantez point. Je suis homme à ne vous point scandaliser, et les choses iront dans la douceur.

MAITRE JACQUES
Monsieur est de votre souper ?

LE COMMISSAIRE
Il faut ici, mon cher ami, ne rien cacher à votre maître.

MAITRE JACQUES
Ma foi, monsieur, je montrerai tout ce que je sais faire, et je vous traiterai du mieux qu'il me sera
possible.

HARPAGON
Ce n'est pas là l'affaire.

MAITRE JACQUES
Si je ne vous fais pas aussi bonne chère que je voudrais, c'est la faute de monsieur notre intendant, qui
m'a rogné les ailes avec les ciseaux de son économie.

HARPAGON
Traître, il s'agit d'autre chose que de souper, et je veux que tu me dises des nouvelles de l'argent qu'on
m'a pris.

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