bibliotheq.net - littérature française
 

Molière - L'Avare

je suis, et ce que je fais. Hélas ! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de
toi ! Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi,

et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je

me meurs, je suis mort, je suis enterré ! N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter me rendant mon

cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ! que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce

soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps

que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question à

toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette

mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi

est-ce qu'on parle là ? de celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ?

De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là

parmi vous ? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que

l'on m'a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences

et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et, si je ne retrouve mon argent, je me pendrai

moi-même après !

ACTE V


SCENE PREMIERE - HARPAGON, LE COMMISSAIRE, SON CLERC.

LE COMMISSAIRE
Laissez-moi faire, je sais mon métier, Dieu merci. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je me mêle de découvrir
des vols, et je voudrais avoir autant de sacs de mille francs que j'ai fait pendre de personnes.

HARPAGON
Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main ; et, si l'on ne me fait retrouver mon
argent, je demanderai justice de la justice.

LE COMMISSAIRE
Il faut faire toutes les poursuites requises. Vous dites qu'il y avait dans cette cassette ?

HARPAGON
Dix mille écus bien comptés.

LE COMMISSAIRE
Dix mille écus ?

HARPAGON
Dix mille écus.

LE COMMISSAIRE
Le vol est considérable.

HARPAGON
Il n'y a point de supplice assez grand pour l'énormité de ce crime ; et, s'il demeure impuni, les choses les
plus sacrées ne sont plus en sûreté.

LE COMMISSAIRE
En quelles espèces était cette somme ?

HARPAGON

< page précédente | 58 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.