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Molière - L'Avare
n'est pas si étrange que vous le dites, et il se met à la raison. Il dit qu'il sait le respect qu'il vous doit, qu'il ne s'est emporté que dans la première chaleur, et qu'il ne fera point refus de se soumettre à ce qu'il vous plaira, pourvu que vous vouliez le traiter mieux que vous ne faites et lui donner quelque personne en mariage dont il ait lieu d'être content.
HARPAGON Ah ! dis-lui, maître Jacques, que moyennant cela, il pourra espérer toutes choses de moi, et que, hors Mariane, je lui laisse la liberté de choisir celle qu'il voudra.
MAITRE JACQUES Laissez-moi faire. (Il va au fils.) Eh bien, votre père n'est pas si déraisonnable que vous le faites, et il m'a témoigné que ce sont vos emportements qui l'ont mis en colère ; qu'il n'en veut seulement qu'à votre manière d'agir, et qu'il sera fort disposé à vous accorder ce que vous souhaitez, pourvu que vous vouliez vous y prendre par la douceur et lui rendre les déférences, les respects et les soumissions qu'un fils doit à son père.
CLEANTE Ah ! maître Jacques, tu lui peux assurer que, s'il m'accorde Mariane, il me verra toujours le plus soumis de tous les hommes, et que jamais je ne ferai aucune chose que par ses volontés.
MAITRE JACQUES , à Harpagon Cela est fait. Il consent ce que vous dites.
HARPAGON Voilà qui va le mieux du monde.
MAITRE JACQUES , à Cléante Tout est conclu. Il est content de vos promesses.
CLEANTE Le ciel en soit loué !
MAITRE JACQUES Messieurs, vous n'avez qu'à parler ensemble ; vous voilà d'accord maintenant, et vous alliez vous quereller faute de vous entendre.
CLEANTE Mon pauvre maître Jacques, je te serai obligé toute ma vie.
MAITRE JACQUES Il n'y a pas de quoi, monsieur.
HARPAGON Tu m'as fait plaisir, maître Jacques, et cela mérite une récompense. Va, je m'en souviendrai, je t'assure.
(Il tire son mouchoir de sa poche, ce qui fait croire à maître Jacques qu'il va lui donner quelque chose.)
MAITRE JACQUES Je vous baise les mains.
SCENE V - CLEANTE, HARPAGON.
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