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Molière - L'Avare
TU lui disais tantôt pourtant...
CLEANTE Je lui ai dit quelques douceurs en votre nom, mais c'était pour vous plaire.
HARPAGON Si bien donc que tu n'aurais pas d'inclination pour elle ?
CLEANTE Moi ? point du tout.
HARPAGON . J'en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m'était venue dans l'esprit. J'ai fait, en la voyant ici, réflexion sur mon âge, et j'ai songé qu'on pourra trouver à redire de me voir marier à une si jeune personne. Cette considération m'en faisait quitter le dessein, et, comme je l'ai fait demander et que je suis pour elle engagé de parole, je te l'aurais donnée, sans l'aversion que tu témoignes.
CLEANTE A moi ?
HARPAGON A toi.
CLEANTE En mariage ?
HARPAGON En mariage.
CLEANTE Ecoutez ; il est vrai qu'elle n'est pas fort à mon goût ; mais pour vous faire plaisir, mon père, je me résoudrai à l'épouser, si vous voulez.
HARPAGON Moi ? je suis plus raisonnable que tu ne penses : je ne veux point forcer ton inclination.
CLEANTE Pardonnez-moi, je me ferai cet effort pour l'amour de vous.
HARPAGON Non, non ; un mariage ne saurait être heureux où l'inclination n'est pas.
CLEANTE C'est une chose, mon père, qui peut-être viendra ensuite ; et l'on dit que l'amour est souvent un fruit du mariage.
HARPAGON Non, du côté de l'homme on ne doit point risquer l'affaire, et ce sont des suites fâcheuses, où je n'ai garde de me commettre. Si tu avais senti quelque inclination pour elle, à la bonne heure, je te l'aurais fait épouser, au lieu de moi, mais, cela n'étant pas, je suivrai mon premier dessein, et je l'épouserai moi-même.
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