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Molière - L'Avare
Par ma foi, faut-il le demander ? Je le voudrais de tout mon coeur. Vous savez que de mon naturel je suis assez humaine. Le ciel ne m'a point fait l'âme de bronze, et je n'ai que trop de tendresse à rendre de petits services, quand je vois des gens qui s'entr'aiment en tout bien et en tout honneur. Que pourrions-nous faire à ceci ?
CLEANTE Songe un peu, je te prie.
MARIANE Ouvre-nous des lumières.
ELISE Trouve quelque invention pour rompre ce que tu as fait.
FROSINE Ceci est assez difficile. (A Mariane.) Pour votre mère, elle n'est pas tout à fait déraisonnable et peut-être pourrait-on la gagner et la résoudre à transporter au fils le don qu'elle veut faire au père. (A Cléante.) Mais le mal que j'y trouve, c'est que votre père est votre père.
CLEANTE Cela s'entend.
FROSINE Je veux dire qu'il conservera du dépit si l'on montre qu'on le refuse, et qu'il ne sera point d'humeur ensuite à donner son consentement à votre mariage. Il faudrait, pour bien faire, que le refus vînt de lui-même et tâcher par quelque moyen de le dégoûter de votre personne.
CLEANTE Tu as raison.
FROSINE Oui, j'ai raison, je le sais bien. C'est là ce qu'il faudrait ; mais le diantre est d'en pouvoir trouver les moyens. Attendez : si nous avions quelque femme un peu sur l'âge qui fût de mon talent et jouât assez bien pour contrefaire une dame de qualité, par le moyen d'un train fait à la hâte et d'un bizarre nom de marquise ou de vicomtesse, que nous supposerions de la Basse-Bretagne, j'aurais assez d'adresse pour faire accroire à votre père que ce serait une personne riche, outre ses maisons, de cent mille écus en argent comptant ; qu'elle serait éperdument amoureuse de lui et souhaiterait de se voir sa femme jusqu'à lui donner tout son bien par contrat de mariage, et je ne doute point qu'il ne prêtât l'oreille à la proposition, car enfin il vous aime fort, je le sais, mais il aime un peu plus l'argent ; et, quand, ébloui de ce leurre, il aurait une fois consenti à ce qui vous touche, il importerait peu ensuite qu'il se désabusât, en venant à vouloir voir clair aux effets de notre marquise.
CLEANTE Tout cela est fort bien pensé.
FROSINE . Laissez-moi faire. Je viens de me ressouvenir d'une de mes amies qui sera notre fait.
CLEANTE Sois assurée, Frosine, de ma reconnaissance, si tu viens à bout de la chose. Mais, charmante Mariane,
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