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Molière - L'Avare
HARPAGON C'est beaucoup de bonté à vous de vouloir ainsi excuser ses fautes. Le temps le rendra plus sage, et vous verrez qu'il changera de sentiments.
CLEANTE Non, mon père, je ne suis pas capable d'en changer ; et je prie instamment madame de le croire.
HARPAGON Mais voyez quelle extravagance ! il continue encore plus fort.
CLEANTE Voulez-vous que je trahisse mon coeur ?
HARPAGON Encore ! Avez-vous envie de changer de discours ?
CLEANTE Hé bien, puisque vous voulez que je parle d'autre façon, souffrez, madame, que je me mette ici à la place de mon père, et que je vous avoue que je n'ai rien vu dans le monde de si charmant que vous, que je ne conçois rien d'égal au bonheur de vous plaire, et que le titre de votre époux est une gloire, une félicité, que je préférerais aux destinées des plus grands princes de la terre. Oui, madame le bonheur de vous posséder est à mes regards la plus belle de toutes les fortunes ; c'est où j'attache toute mon ambition. Il n'y a rien que je ne sois capable de faire pour une conquête si précieuse ; et les obstacles les plus puissants...
HARPAGON Doucement, mon fils, s'il vous plaît.
CLEANTE C'est un compliment que je fais pour vous à madame.
HARPAGON Mon Dieu, j'ai une langue pour m'expliquer moi-même, et je n'ai pas besoin d'un procureur comme vous. Allons, donnez des sièges.
FROSINE Non. Il vaut mieux que de ce pas nous allions à la foire, afin d'en revenir plus tôt et d'avoir tout le temps ensuite de vous entretenir.
HARPAGON Qu'on mette donc les chevaux au carrosse. Je vous prie de m'excuser, ma belle, si je n'ai pas songé a vous donner un peu de collation avant que de partir.
CLEANTE J'y ai pourvu, mon père, et j'ai fait apporter ici quelques bassins d'oranges de la Chine, de citrons doux et de confitures, que j'ai envoyé quérir de votre part.
HARPAGON , bas, à Valère Valère !
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