bibliotheq.net - littérature française
 

Molière - L'Avare

Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous ; qu'on nous
jette de tous côtés cent brocards à votre sujet et que l'on n'est point plus ravi que de vous tenir au cul et

aux chausses et de faire sans cesse des contes de votre lésine. L'un dit que vous faites imprimer des

almanachs particuliers où vous faites doubler les quatre-temps et les vigiles, afin de profiter des jeûnes

où vous obligez votre monde ; l'autre que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets

dans le temps des étrennes ou de leur sortie d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner

rien. Celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner le chat d'un de vos voisins pour vous avoir mangé un

reste d'un gigot de mouton ; celui-ci, que l'on vous surprit une nuit en venant dérober vous-même l'avoine

de vos chevaux, et que votre cocher, qui était celui d'avant moi, vous donna dans l'obscurité je ne sais

combien de coups de bâton dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que je vous dise ? On ne

saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder de toutes pièces. Vous êtes la fable et la risée

de tout le monde, et jamais on ne parle de vous que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain et de

fesse-mathieu.

HARPAGON
, en le battant Vous êtes un sot, un maraud, un coquin et un impudent.

MAITRE JACQUES
Hé bien ! ne l'avais-je pas deviné ? Vous ne m'avez pas voulu croire. Je vous l'avais bien dit que je vous
fâcherais de vous dire la vérité.

HARPAGON
Apprenez à parler.

SCENE II - MAITRE JACQUES, VALERE.

VALERE
A ce que je puis voir, maître Jacques, on paie mal votre franchise.

MAITRE JACQUES
Morbleu ! monsieur le nouveau venu, qui faites l'homme d'importance, ce n'est pas votre affaire. Riez de
vos coups de bâton quand on vous on donnera, et ne venez point rire des miens.

VALERE
Ah ! monsieur maître Jacques, ne vous fâchez pas, je vous prie.

MAITRE JACQUES
, à part II file doux. Je veux faire le brave, et, s'il est assez sot pour me craindre, le frotter quelque peu.
(Haut.) Savez-vous bien, monsieur le rieur, que je ne ris pas, moi, et que, si vous m'échauffez la tête, je

vous ferai rire d'une autre sorte ?

(Maître Jacques pousse Valère jusqu'au bout du théâtre en le menaçant.)

VALERE
Hé ! doucement !

MAITRE JACQUES
Comment, doucement ? Il ne me plaît pas, moi !

VALERE

< page précédente | 38 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.